A l’époque, en août 2010, le rappel de prothèses métalliques de hanche n’avait pas connu l’effet de bombe dernièrement provoqué par le scandale sanitaire (et quasi planétaire) des implants mammaires PIP. C’est que, s’il y a une évidente similitude dans la mesure où il s’agit dans les deux cas de dispositifs médicaux implantés défectueux, et dès lors susceptibles d’entraîner des soucis de santé pour les patients qui les portent, il n’est en aucun cas question d’escroquerie en ce qui concerne les prothèses de hanche - de marque DePuy - incriminées. Comme nous l’a expliqué par ailleurs (voir ci-dessous) le Pr Olivier Cornu, chirurgien orthopédiste à l’UCL, le défaut des matériaux, ou plus exactement d’un malheureux mariage de métaux, n’est apparu qu’après usage, chez certains patients. Remise en contexte.

En août 2010, la firme américaine DePuy, filiale de Johnson & Johnson, a volontairement rappelé deux systèmes de hanche (1), commercialisés à partir de juillet 2003. " Dans le cadre de ce rappel, faisait savoir la firme, certains examens complémentaires de suivi peuvent s’avérer nécessaires." En cause, le frottement des métaux, lié au phénomène d’usure, qui entraîne la libération de particules métalliques microscopiques, dont la propagation dans le corps peut s’avérer délétère et in fine douloureuse. Si, pour la plupart des patients, la présence de ces particules n’engendre aucun problème, pour un certain nombre, en revanche, on observe des réactions entraînant l’accumulation de liquide dans l’articulation et dans les muscles entourant celle-ci. Non traitée, " cette réaction initialement indolore peut entraîner douleur et tuméfaction autour de l’articulation, ainsi que des lésions dans les muscles, os et nerfs entourant la hanche ", indique le fabricant.

Ainsi certains patients, chez lesquels est apparu un taux anormalement élevé de chrome-cobalt dans le sang, se sont-ils plaint de douleurs, liées à l’inflammation en question. Les symptômes rapportés par les patients consistent en effet essentiellement en une douleur, une tuméfaction et/ou des difficultés pour marcher. " S’ils sont normaux après une opération de remplacement de la hanche, ces symptômes peuvent indiquer un problème s’ils persistent ou réapparaissent ", précise DePuy, qui a donc décidé de procéder au rappel de ces systèmes. Et ce après avoir reçu à l’automne 2010 de nouvelles informations du registre national britannique des prothèses articulaires (NdlR : 10 000 patients sont concernés en Grande-Bretagne) indiquant qu’un nombre élevé de patients ASR avaient besoin plus tôt que prévu d’une seconde opération (révision) de remplacement de la hanche.

En Belgique, où la quarantaine d’hôpitaux concernés ont été à l’époque informés, quelque 1 500 de ces prothèses implantées ont ainsi été rappelées. Cela devait impliquer, pour ces patients, un suivi particulier avec des contrôles plus fréquents, voire, le cas échéant, sur décision du chirurgien, le remplacement des prothèses. A ce sujet, la firme DePuy s’est clairement engagée à prendre en charge les coûts liés aux visites médicales, examens mais aussi révision (c’est-à-dire intervention de remplacement) éventuelle chez les patients qui rencontreraient des problèmes inhérents à ces deux types de prothèses.

D’après les données diffusées par DePuy, cinq ans après l’implantation, environ 12 % des patients ayant reçu le dispositif de resurfaçage ASR et 13 % des patients ayant reçu une prothèse de hanche totale ASR ont dû subir une intervention de révision.

Chez nous, à ce jour, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) avait enregistré près de 60 incidents mais toujours aucun remplacement. Il semblerait que les médecins, pourtant dans l’obligation de communiquer toute intervention survenue en cas de dispositifs défectueux aient failli à leur devoir puisque, du côté de DePuy Belgique, on nous assure bien - sans pouvoir préciser le chiffre exact - que plusieurs dizaines de remplacements ont eu lieu ou vont avoir lieu sur notre territoire.

(1) Il s’agit des systèmes de hanche ASR™ XL Acetabular Hip System et DePuy ASR™ Hip Resurfacing System.