Même s’ils sont encore loin de crier victoire, des chercheurs, réunis cette semaine à Boston pour la 12e conférence annuelle sur les rétrovirus, ont fait part de pistes encourageantes dans la lutte pour freiner la progression du sida. Puisque la mise au point d’un vaccin permettant une prévention efficace n’est pas attendue avant des années, la stratégie à plus court terme est de combattre avec plusieurs armes simultanément un pathogène mutant, ont expliqué plusieurs de ces spécialistes. Pour ce faire, ils continuent à combiner des vaccins pour stimuler deux types de défense: la production d’anticorps dans le sang neutralisant le virus avant qu’il ne pénètre dans les cellules et une réaction immunitaire cellulaire.

Selon les organisateurs de la conférence (CROI), l’approche cellulaire fait l’objet de plusieurs présentations encourageantes à Boston (Massachusetts, nord-est) où 3.800 chercheurs et médecins se retrouvent jusqu’à vendredi pour ce forum international destiné à traduire les résultats de la recherche fondamentale et des essais cliniques.

Des travaux conduits depuis deux ans sur une enzyme dite APODEC ont montré que cette protéine est capable de perturber la capacité du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) à se reproduire génétiquement une fois entré dans la cellule, empêchant ainsi sa multiplication.

Les recherches en défense cellulaire ont été dopées en 2004 par la découverte d’une autre protéine, dite TRIM5 alfa, qui a la propriété d’empêcher le VIH d’entrer dans la cellule. Le rôle de cette protéine, dont on soupçonnait depuis longtemps l’existence, a été découverte en étudiant des singes qui ne peuvent pas être infectés par le virus du sida.

Côté vaccin, le plus prometteur est testé par les laboratoires américains Merck mais les résultats préliminaires ne sont pas attendus avant 2008. Comme de nombreux autres vaccins anti-sida en cours d’essai, il vise à stimuler la production par l’organisme de cellules tueuses détruisant les cellules du système immunitaire déjà infectées par le virus.

Si les vaccins cellulaires ont le potentiel de nettement réduire la charge virale, une véritable prévention contre le VIH nécessitera de stimuler le système immunitaire pour qu’il produise des anti-corps capables de chasser et détruire le virus avant qu’il n’entre dans les cellules, avait expliqué lundi à Washington, Anthony Fauci, directeur à l’Institut national de la santé (NIH) pour les maladies infectieuses et les allergies.

«Un vaccin efficace et sans risque est essentiel pour contrôler le sida mondialement et constitue le défi le plus important et difficile auquel sont confrontés les chercheurs », avait ajouté M. Fauci qui devait intervenir mercredi devant la CROI (Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections). Dans l’attente d’un vaccin efficace, les efforts sont portés sur l’accès par les pays à faibles revenus --également les plus touchés-- des trithérapies, ainsi que sur la prévention, notamment pour empêcher la transmission de la mère à l’enfant.

Sans un accès rapide aux trithérapies, plusieurs millions mourront à brève échéance dans les pays en développement, a insisté mardi soir Jim Kim, un responsable de l’Organisation mondiale de la Santé. Seuls 12% des 5,8 millions de personnes infectées dans ces pays bénéficient de ces traitements, selon lui.

La pandémie de sida touche 39 millions de personnes dans le monde et plus de trois millions en sont mortes en 2004. Le cas d’un New-Yorkais atteint d’une forme fulgurante de VIH résistant à tout traitement, décelé dernièrement, fera l’objet d’une session de discussion spéciale vendredi.