C’est le docteur Aloïs Alzheimer qui en 1906 identifia les deux processus qui se conjuguent et provoquent la dégénérescence des cellules nerveuses: les plaques amyloïdes et les dégénérescences neurofibrillaires. Les plaques amyloïdes se forment à cause du dysfonctionnement d’une protéine nommée APP, dont on ne connaît pas encore bien le rôle mais qui semble être indispensable à la survie neuronale. Les dégénérescences neurofibrillaires sont elles, provoquées par un dépôt anormal de protéines tau qui vont engendrer la mort des neurones.

La maladie d’Alzheimer n’est pas une maladie du cerveau dans son ensemble, elle est évolutive. Elle débute en effet dans les structures temporales internes et va progressivement provoquer des lésions dans le reste du cerveau. Ce processus de dégénérescence cérébrale s’étend donc sur plusieurs années, d’où la nécessité de poser un diagnostic le plus tôt possible afin de mettre en place une prise en charge adéquate et adaptée. Ce sont en général les proches ou le médecin traitant qui sont les premiers témoins des symptômes précurseurs de la maladie chez la personne qui est en train de la développer. Une liste des dix signes avant-coureurs de la maladie d'Alzheimer a été dressée par l'Association Alzheimer américaine. Si la personne semble présenter au moins trois de ces signaux d’alerte, il conviendra alors de consulter un médecin au plus vite. Si on se rend rapidement compte que la personne manifeste des oublis réguliers, il est possible, à un stade débutant de la maladie, d’envisager un certain nombre de stratégies qui seront des sortes de prothèses. Philippe Peigneux, professeur de neuropsychologie à l’ULB propose par exemple de constituer un carnet avec la personne atteinte, dans lequel elle notera ce qu’elle doit faire. Il ajoute qu’ «on peut aussi essayer de compenser un déficit en faisant appel à une compétence qui reste préservée. Les échanges verbaux constituent des stimulations cognitives qu’il est indispensable d’encourager chez les malades Alzheimer. Il est en effet démontré que la stimulation cognitive est un facteur de bon vieillissement. Les personnes qui s’isolent et qui n’ont plus de contacts sociaux ni d’activités intellectuelles sont donc plus susceptibles de développer cette maladie. Cependant, leur isolement social est peut être dû au développement de la maladie, c’est un cercle vicieux.»

Un diagnostic incertain

Actuellement, il est encore difficile de définir ce qu’est la maladie d’Alzheimer cliniquement. Il existe bien une distinction médicale des différents stades et une énumération approximative des symptômes principaux mais ce qui frappe c’est l’hétérogénéité de cette maladie. Il n’existe pas de profil-type du malade Alzheimer. Chaque personne entrera dans cette affection en fonction de son histoire personnelle et suivra un parcours qui lui est propre. Certains connaîtront une dégradation rapide, d’autres franchiront les différentes phases avec une certaine stabilité.

Ce n’est qu’en réalisant une autopsie que l’on peut établir post mortem, de manière certaine que la personne souffrait de la maladie d’Alzheimer. Cependant, déjà à un stade précoce de la maladie, des examens neurologiques et neuropsychologiques permettent aujourd’hui de prononcer un diagnostic avec une certitude de 90% grâce à des critères d’inclusion et d’exclusion. Philippe Peigneux précise: «Actuellement la maladie d’Alzheimer est diagnostiquée sur le plan cognitif et comportemental de manière principale. Dans cette affection, on observera plus facilement des déficits sur le plan cognitif, spécialement dans le domaine de la mémoire, que des changements comportementaux spectaculaires. Si du jour au lendemain, de manière extrêmement brutale la personne change totalement de comportement et présente des gros troubles de mémoire, on ne va pas forcément détecter une Maladie d’Alzheimer. Sur le plan cognitif, il faut que au moins deux grands domaines (par exemple la mémoire et le langage) soient touchés c’est-à- dire dans lesquels on estime que la personne fonctionne de manière nettement moins bonne qu’avant. Il y a des gens qui ont une mauvaise mémoire depuis toujours. Avant de se prononcer sur un diagnostic de maladie d’Alzheimer probable chez un patient, il faut qu’on décèle une évolution, un changement par rapport à une situation antérieure.»

Une forme de démence

Selon le neurologue Jean Louis Pepin, «On parle de démence lorsque les altérations de la mémoire et des autres fonctions intellectuelles interfèrent de manière significative sur les activités sociales et professionnelles.» La maladie d’Alzheimer représente la moitié des cas de démence et est principalement caractérisée par des troubles de la mémoire contrairement par exemple à la démence frototemporale (15% des démences), où l’on constate au premier plan des troubles du comportement. Le neuropsychologue Philippe Peigneux précise: «un affaiblissement de certaines fonctions cognitives, des modifications d’humeur et du caractère, des scores faibles dans des tests relativement simples d’orientation dans l’espace peuvent évoquer un processus démentiel.»

Les traitements médicamenteux

Si la maladie d’Alzheimer reste à l’heure actuelle incurable, il existe des traitements qui la freinent. Cependant, le professeur Michel Ylieff, docteur en psychologie, nuance que «ces médicaments retardent l’évolution de la maladie d’une durée de six mois en moyenne.» Les traitements cholinergiques (ou à action anticholinestérasiques) agissent sur la cholinestérase, un enzyme qui détruit l'acétylcholine. L’acétylcholine est un neurotransmetteur qui permet le stockage des informations et qui se trouve perturbé dans la maladie d’Alzheimer. Les neurones cholinergiques n'ont donc presque plus d'acétylcholine, ils communiquent alors difficilement avec les autres neurones et la mémorisation en est affectée. «Ces médicaments permettent d'améliorer tant la socialisation que l'autonomie des patients, au plan comportemental et cognitif», précise Michel Ylief. Il existe plusieurs médicaments de ce type en Belgique: l’Aricept, l’Ebixa, le Reminyl et l’Exelon. Cependant ces médicaments n’ont pas un effet permanent et ne sont pas efficaces pour tous les patients. Ils sont également responsables d’effets indésirables fréquents (sécheresse buccale, constipation…) et sont donc difficiles à utiliser chez le sujet âgé. L’«Exelon Patch» est un nouveau timbre cutané à coller quotidiennement sur un endroit du corps. Il a la même efficacité que les hautes doses de ses capsules. Il s’agit en fait d’une nouvelle forme d’administration qui permet de réduire les effets secondaires qu'entraîne le traitement oral.

Michel Ylief ajoute que: «Les psychotropes -antidépresseurs et anxiolytiques- n’agissent pas sur les mécanismes cholinergiques mais peuvent améliorer l’humeur, l’anxiété et les troubles du comportement. Cependant, leur administration nécessite un dosage précis et personnalisé car la réactivité des patients à ce type de médications est très individuelle.»

Les espoirs thérapeutiques

Des médicaments susceptibles de ralentir, voire de stopper l’évolution de la maladie sont en cours de développement et pourraient donner des résultats prometteurs. Selon le professeur Michel Ylieff: «On peut dire objectivement, sans faire preuve d’un positivisme exagéré, que dans cinq à dix ans, un ou plusieurs médicaments testés cliniquement, auront une incidence beaucoup plus marquée sur les effets de la maladie sans toutefois la guérir.» Plus ces traitements seront administrés à un stade précoce, plus ils auront des effets à long terme. Les médicaments anti-amyloïde qui visent à ralentir la formation des plaques séniles constitueront probablement une des plus belles progressions de la recherche. Des espoirs restent également fondés sur les vaccins destinés à stimuler les défenses de l’organisme en lui injectant des anticorps dirigés vers les plaques amyloïdes.