Dans l’univers terne des bureaucrates russes, Dmitri Rogozine, le patron de l’agence spatiale Roscosmos, fait exception avec ses déclarations provocatrices. Un trait de caractère qui ne lui aura pas permis de sauver l’industrie spatiale russe du déclin. Car la Russie n’innove plus, ses parts de marché sur les lancements orbitaux baissent, son cosmodrome Vostotchny, flambant neuf, est sous-utilisé et tous les nouveaux projets accumulent des retards.

Nommé en 2018 à la tête de Roscosmos après avoir été plus de six ans vice-Premier ministre en charge du secteur spatial, Dmitri Rogozine est devenu le visage de ce déclin dans un domaine qui depuis Spoutnik et Iouri Gagarine faisait la fierté des Russes.

Les sorties tonitruantes de cet ancien diplomate de 57 ans hérissent en outre les spécialistes. En 2014, notamment, il avait "invité les États-Unis à envoyer leurs astronautes sur l’ISS avec un trampoline" - la Russie était alors seule à pouvoir envoyer des astronautes sur la Station spatiale internationale. Mais le retour de bâton est brutal. "Le trampoline fonctionne", lâche en mai 2020 le patron de SpaceX, Elon Musk, après le premier vol habité de sa capsule qui met fin à neuf années de monopole russe.

Avant de prendre les commandes de l’espace russe, Dmitri Rogozine n’avait aucune expérience en la matière. Il fut d’abord un politicien nationaliste dont la carrière décolla en 2003 quand son parti Rodina (La Patrie) entra au Parlement.

Il est ensuite resté fidèle au président Vladimir Poutine. Une loyauté récompensée début 2008 : Dmitri Rogozine devient ambassadeur de la Russie à l’Otan, poste qu’il occupera jusqu’à 2011.

L’occasion de voir une autre facette, plus policée, de ce diplômé d’une école de journalisme, pense-t-on alors.

Peine perdue. S’il aime se montrer à la presse, tirant au pistolet ou clamant son amour des motos, cet homme d’1,90 m multiplie surtout les provocations à Bruxelles. Les relations sont orageuses, la guerre Russie-Géorgie de 2008 n’arrangeant rien. Pour les dignitaires de l’Otan d’alors, Dmitri Rogozine gardera l’image d’un "incendiaire".