Selon les disciplines que l’on inclut - ou non - dans le terme générique "médecines non conventionnelles", on estime que de 30 à 70 % des patients atteints de cancer ont recours à ces méthodes pour compléter leurs traitements classiques. Une tendance qui semble aller croissant. De quoi pleinement justifier le thème - "Médecines non conventionnelles et cancer" - de la journée d’information organisée, le vendredi 16 décembre prochain à l’initiative de la Fondation contre le cancer (FCC).

Comme nous l’explique le Dr Didier Vander Steichel, de la FCC, " le but de cette journée est multiple. Au départ, il y a ce constat sur le recours important et croissant des patients atteints d’un cancer aux méthodes non conventionnelles. Parallèlement, les mêmes études démontrent que, la plupart du temps, les personnes concernées n’abordent pas ce sujet avec leur cancérologue. C’est ce qui nous semble poser problème car recourir à ces méthodes non conventionnelles, à l’insu du médecin oncologue, peut comporter des risques, du moins pour certaines de ces médecines complémentaires. On sait en effet qu’il existe des possibilités d’interactions, par exemple, entre certaines phytothérapies et chimiothérapies. On sait également que certains compléments alimentaires posent à tout le moins question quant au risque d’impact défavorable sur les cellules cancéreuses. Donc, tout dans les médecines conventionnelles n’est pas nécessairement sans risque. Et la seule manière d’éviter cette prise de risque est, non pas de s’informer sur Internet, mais bien d’en parler à son cancérologue ".

Mais pourquoi donc de nombreux patients omettent-ils d’aborder ce sujet ? Pour le directeur scientifique de la FCC, il doit exister plusieurs explications. Certains patients restent persuadés que leur cancérologue manque de temps, ce qui n’est sans doute pas tout à fait faux. Il existe aussi des raisons plus subtiles; des patients ont probablement peur de ce que leur oncologue pourrait leur dire et ils voudraient, eux, continuer à y croire. Risquant d’avoir un avis négatif sur cette approche non conventionnelle, alors que, personnellement, ces patients "y croient", sans doute préfèrent-ils ne pas en parler. D’autres patients peuvent craindre une réaction de dénigrement de la part du cancérologue. Enfin, certains n’imaginent probablement pas que la médecine complémentaire à laquelle ils ont recours peut comporter des risques pour leur traitement et donc, en toute bonne foi, ils n’en parlent pas.

"Le but de la Fondation n’est ni de promouvoir le recours aux médecines non conventionnelles ni d’en dissuader l’usage de façon systématique , tient à préciser le D r Vander Steichel, mais bien d’inciter le patient à en parler avec son cancérologue ou son médecin traitant. D’une part, afin d’éviter les risques inutiles. D’autre part, afin de ne pas se tromper d’objectif et avoir des attentes réalistes. Il faut en effet préciser que les bénéfices que l’on peut espérer de ces méthodes ne doivent pas se concevoir en termes de guérison mais qu’ils peuvent l’être en termes de qualité de vie, ce qui n’est pas du tout négligeable. Les méthodes non conventionnelles n’ont très probablement pas d’impact direct sur les chances de guérison, précise encore le médecin, par conséquent, elles ne peuvent en aucun cas remplacer les traitements médicaux traditionnels. Mais cela ne signifie pas que ces méthodes ne peuvent pas s’avérer utiles. Nous plaidons juste pour un dialogue ouvert entre patients et médecins à ce sujet. Cette journée a pour objectif d’ouvrir des pistes de réflexion, afin de pouvoir évoluer vers une médecine plus intégrative, où traitements conventionnels et non conventionnels ont la place qui leur revient " .