Achacun sa façon d’envisager des moyens pour lutter contre l’obésité. En Afrique du Sud, où l’on compte plus de 65 % de personnes en surpoids, certaines municipalités ont installé dans les lieux publics de rutilants appareils de musculation, accessibles gratuitement aux passants. Aux Etats-Unis, où la proportion de personnes en surcharge pondérale dépasse les 70 % selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Michele Obama incitait, lors de la traditionnelle Easter Egg Roll, les enfants à jouer et à bouger dans les jardins de la Maison-Blanche en les invitant à une grande chasse d’œufs en chocolat.

Chez nous, entre autres initiatives, il en est une - d’une grande simplicité - qui vient de démontrer son efficacité. Déjà évoqué à plusieurs reprises dans nos colonnes, le programme Viasano vise à prévenir l’obésité et le surpoids en faisant la promotion d’une alimentation saine et équilibrée et d’une activité physique. Moins que la finalité de cette initiative, c’est vraisemblablement la méthodologie qui en fait sa particularité. Le principe de Viasano consiste à créer une dynamique de groupe dans la ville en impliquant plusieurs acteurs locaux (enseignants, professionnels de la santé, associations, commerçants ) afin de proposer à la population des actions concrètes et de proximité. Tout simplement.

Et il faut croire que le concept fonctionne à voir les premiers résultats - encourageants - qui viennent d’être communiqués, mardi. Dans les deux villes pilotes francophones, en l’occurrence Mouscron et Marche-en-Famenne, où le programme a été lancé au cours de l’année scolaire 2007-2008, on a en effet assisté à une baisse de 22 % de la prévalence du surpoids parmi les enfants de maternelle. Plus précisément, 1 300 petits Mouscronnois et Marchois de 1ère et 3e maternelles de l’année scolaire 2007-2008 et près de 1 500 enfants pour l’année 2009-2010 ont été pesés et mesurés par les services de prévention de la santé à l’école (PSE).

Fournies par la Direction générale de la santé (Fédération Wallonie-Bruxelles), les données analysées par le Pr Michèle Dramaix de l’ULB ont fait ressortir une baisse de 22 % de la prévalence, laquelle a diminué de 9,46 % en 2008 à 7,41 % en 2010 alors qu’au cours de cette même période, elle est passée de 9,53 % à 9,58 % pour l’ensemble de la Communauté française où le programme Viasano n’a pas été suivi.

Pour ce qui est de l’obésité, on constate en revanche une stabilité au niveau des pourcentages, en l’occurrence environ 4 % pour les enfants de 1ère et de 3e maternelle inclus dans le programme Viasano. " Cette évolution est normale en deux ans car il est plus difficile d’agir sur l’obésité dans le cadre d’un programme de prévention ", commente le Dr Corinne De Laet, pédiatre à l’hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola.

Si l’on peut se réjouir des résultats obtenus dans les deux villes pilotes du programme Viasano, la prévalence du surpoids et de l’obésité en 1ère maternelle, donc chez des petits de 3 ans, demeure élevée et donc préoccupante. A Jette, par exemple, près de 12 % des bambins de cet âge sont en surpoids et 10,5 % obèses; des chiffres qui s’élèvent respectivement à 9,94 % et 5,5 % en Communauté française. A l’âge de 12 ans, dans cette même commune bruxelloise, près de 16 % des élèves souffrent de surpoids et 11,36 % d’obésité. Quelles que soient les localités, la prévalence entre la 1ère maternelle et la 6e primaire augmente, allant même jusqu’à doubler dans certaines villes. " Cette évolution confirme l’importance d’une évaluation chiffrée qui participe à la prise de conscience des villes et à leur motivation , poursuit la pédiatre, mais également l’importance de la prévention dès le plus jeune âge et l’intérêt d’un programme multiacteurs pour faire évoluer les comportements ."

" Même si l’on constate une stabilisation dans certains pays d’Europe, la progression continue de la prévalence de l’obésité et du surpoids des enfants est avérée ", renchérit le Dr Jean Nève, professeur à la faculté de pharmacie de l’ULB et membre du comité d’experts indépendants Viasano.

" Si je soutiens le programme Viasano et sa méthodologie, c’est en grande partie parce qu’il part de l’idée que l’engagement, la volonté d’agir doivent venir en premier lieu des représentants politiques locaux , explique pour sa part le P r Jan Vinck, psychologue, membre du Comité d’experts Viasano et du Board de l’Epode International Network (voir par ailleurs). En effet, les élus locaux peuvent influencer et changer l’environnement quotidien qui, lui-même, a la capacité de changer les habitudes des citoyens . A partir de cette décision, ce sont aussi les responsables politiques locaux qui doivent organiser la collaboration entre les acteurs locaux concernés ."

Aujourd’hui, le programme Viasano est présent dans seize villes belges, dont neuf en Wallonie, cinq en Flandre et deux à Bruxelles. L’initiative n’attend et n’aspire qu’à s’étendre.