Sciences & Espace

Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin posaient le pied sur la surface de la Lune. Quels événements ont précédé et suivi ce "pas de géant" ? 

16 juillet 1969, tôt le matin. L’envol n’est prévu que dans six heures, mais toutes les télévisions du monde sont déjà sur pied de guerre. Les commentateurs sont pendus à leur micro. Sur place, dans l’air déjà suffocant de Cap Canaveral, sur la côte atlantique de la Floride, la foule commence à s’installer. Au moment fatidique, ils seront un million à vivre le spectacle de leur propres yeux.

À l’abri de tous les regards, les trois héros, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins prennent leur petit-déjeuner avec quelques connaissances.

© AFP

Le temps d’un ultime examen médical, les combinaisons doivent déjà être enfilées. Il n’est pas encore 7h00. L’équipage embarque dans le bus qui les conduit au pied de leur fusée, Saturn V, 111 mètres de haut, la plus puissante jamais construite. Les trois hommes, engoncés dans leur inconfortable costume, la tête prisonnière dans une bulle de verre, climatiseur et respirateur en main, grimpent dans l’ascenseur et se cloîtrent au tout dernier étage.

© AFP

Pour plusieurs jours. La météo est parfaite. Les vingt stations de la Nasa qui, en Espagne, en Australie, à Guam, aux îles Canaries et partout ailleurs, assureront la continuité des communications avec les astronautes, sont en alerte. Les navires de l’US Navy, placés à tous les points du globe, se tiennent prêts à porter secours à l’équipage s’il devait prématurément revenir sur Terre. Plus que quelques minutes. Le rythme cardiaque de l’équipage ne témoigne d’aucune anxiété. Ce n’est pourtant que la troisième fois, après Apollo 8 et Apollo 10, que des hommes sont amenés à quitter véritablement l’attraction terrestre.

© AFP

Le compte à rebours est entonné. Trois, deux, un… zéro ! Les moteurs s’allument mais la fusée ne s’élève pas. Il faut attendre plusieurs secondes avant que la poussée atteigne le seuil nécessaire pour déplacer l’énorme masse. Il est 9 h 32 en Floride, 14 h 32 en Belgique. Saturn V s’envole. Le tonnerre est ressenti dix kilomètres à la ronde. Deux minutes et 30 secondes plus tard, le premier étage est largué. Il aura consommé 2 000 tonnes de carburants.

© AFP

Six minutes de plus et c’est le second étage qui s’en va. Le troisième étage s’allume pendant 150 secondes et le vaisseau plane en orbite. L’apesanteur se fait ressentir. Il est 9 h 44 et l’équipage a déjà parcouru 1 700 kilomètres. Le temps d’une première pause. Pendant deux heures et demie, c’est l’inspection générale : tout est conforme. Il est alors temps de quitter l’attraction terrestre et de prendre l’autoroute de la Lune. Six minutes de poussée suffisent. La vitesse de croisière de 40.000 km/h est atteinte. Le module de commande et le module lunaire (LEM, baptisé “Eagle”) sont amarrés nez à nez, alors qu’ils sont actuellement dos à dos. Une opération délicate mais maintes fois répétée en simulateur. Les trois hommes peuvent désormais passer d’un module à l’autre. Le troisième étage est abandonné à son tour. Après quelques corrections de trajectoire, la longue attente de la traversée intersidérale peut commencer. Peu à peu, la taille de la Terre se réduit à travers le hublot. Celle de la Lune en revanche atteint des dimensions insoupçonnées, révélant le contour de ses cratères. La glissade à grande vitesse dure quatre jours avant que le vaisseau se fasse happer par l’attraction lunaire. Il se maintient à 100 km au-dessus sur sol. Aldrin et Armstrong s’installent dans le LEM. Collins, lui, reste dans le module de commande. Il le sait, il est le troisième, le sacrifié, celui dont personne ne se rappelle jamais du nom.

© AFP

Le centre de contrôle de Houston, avec qui l’équipage est en contact permanent (sauf lorsque le module se trouve en orbite derrière l’astre), donne l’autorisation de poursuivre la mission. Le LEM lâche le module de commande dans un gros “clonk” et amorce la descente. Armstrong est à la commande, assisté par un ordinateur de bord aux capacités ridicules. Il vise la Mer de la Tranquillité, le site choisi de longue date. Il navigue à vue et ce qu’il aperçoit lui paraît bien trop accidenté. Les quatre pieds du vaisseau doivent se poser sur un sol plat. Pas question de risquer qu’il se renverse. Armstong doit tenter une ultime manœuvre. C’est à ce moment que l’équipage connaît sa première avarie : l’ordinateur ne suit pas la cadence, l’alarme retentit. Armstrong le débranche, passe en manuel. L’opération est suivie en direct, à 386 000 kilomètres de distance, par un demi-milliard de Terriens inquiets. Les voix crachotent, les bips retentissent. Armstrong scrute la surface qui se rapproche, Aldrin égrène à haute voix les données de vitesse et d’altitude.

© AP

Puis tout à coup, “Buzz”, avec le ton monocorde du pilote d’essai annonce “Voyant de contact !”, ce que signifie qu’une des jambes du module a touché le sol. Armstrong coupe le moteur. Le LEM s’immobilise dans un bruit sourd. Frisson. Les deux hommes se serrent la main. Armstrong allume son micro et déchire un silence interminable : “Houston, ici Base de la Tranquillité… L’Eagle s’est posé”. Explosion dans la salle de contrôle : “Nous accusons réception, Eagle”, répond Charles Duke, le seul à pouvoir parler à l’équipage depuis la Terre. Plus tard, lui aussi, marchera sur la Lune. Mais le moment le plus attendu est encore à arriver. Six heures et demie après l’alunissage, Armstrong prévient le centre de contrôle : “Je vais descendre du module lunaire à présent”. La trappe du LEM est ouverte.

© AFP

Dans son scaphandre pressurisé, Armstrong se penche et regarde le paysage inédit. Un désert gris, de poussières et de rochers, sans vie apparente. Bien avant le départ de Floride, c’est lui, le commandant de la mission, qui avait été désigné pour sortir le premier. Il descend un par un les échelons, à reculons. L’instant est filmé par Aldrin, depuis l’intérieur du module. Arrivé au dernier échelon, Armstrong saute des deux pieds. Un mètre plus loin, ses semelles s’enfoncent dans le sable lunaire. 3 h 56 du matin à Bruxelles. La Terre entière retient son souffle devant son petit écran. “C’est un petit pas pour l’homme mais un bond de géant pour l’humanité” déclara Neil Armstrong, faussement improvisateur.

© AFP

À la faveur d’une gravité six fois inférieure à celle de la Terre, l’astronaute se découvre une légèreté qu’il ne se connaissait pas, en dépit de son impressionnant équipement qui le protège. Un quart d’heure plus tard Aldrin le suit, sous l’œil de la caméra tenue par son complice. Ils échangent leurs impressions. “Une magnifique désolation” décrit l’astronaute. Armstrong compare le sol à de “la poudre de charbon de bois”.

Le spectacle sidère les Terriens. Sous un clair de Terre et un ciel noir de noir, les deux scaphandres font de lents bonds de gazelles, comme si le film était diffusé au ralenti. Richard Nixon les félicite en direct, au nez et à la barbe des Russes définitivement battus.

© AFP

Mais il n’y a pas de temps à perdre. On ne connaît rien des dangers d’un séjour sur la Lune. Il faut se presser, en revenir au programme, soit environ deux heures et demie durant lesquelles les deux pionniers parcourront 926 mètres, installeront des instruments scientifiques, embarqueront à l’aide d’un petit treuil 23 kg des roches, planteront un drapeau tendu des USA, prendront quelques photos. Quand ils remontent dans le module, se déchaussent et se reposent durant 5 heures.

© AP

Huit ans plus tôt Kennedy avait promis qu’un homme se poserait sur La Lune et qu’il reviendrait sain et sauf sur Terre. À ce stade, seule la première partie de la promesse a été tenue. Il faut maintenant rentrer. Et dans un premier temps, retrouver le module de commande où les attend Collins. La partie supérieure du module s’envole, et grimpe dans l’obscurité du ciel, laissant au sol ses pattes qui le font tant ressembler à une araignée. À 96 km d’altitude, la jonction se fait sans encombre quelques heures plus tard. Les deux astronautes s’extraient alors de leur scaphandre, transfèrent les pierres lunaires et rejoignent le module de commande, plus spacieux. Eagle est alors largué. Il s’écrasera plusieurs semaines plus tard sur le sol lunaire. La route du retour durera 60 heures, bien moins qu’à l’aller, l’attraction terrestre étant plus importante que celle de la Lune. Arrivé dans le voisinage de la planète, l’équipage prend place dans la capsule de survie avant de larguer le module de commande. La partie peut-être la plus délicate de tous les vols spatiaux reste à accomplir : la rentrée dans l’atmosphère. Un instant redouté, car le frottement de l’air transforme le vaisseau spatial en une boule de feu. Mais tout se passe bien. Quelques minutes plus tard, la petite capsule soutenue par trois énormes parachutes plonge dans les eaux bleues du Pacifique, à 24 km du porte-avions USS Hornet, où se trouve le président Nixon. Nous sommes le 24 juillet. Apollo 11 aura duré 195 heures. Les trois astronautes n’en ont pas pour autant fini. Ils seront obligés de revêtir dès la sortie de la capsule une combinaison étanche destinée à protéger les Terriens des éventuels microbes qu’ils ramèneraient de la Lune. Et devront rester 21 jours dans un caisson étanche. Une quarantaine pénible qui leur permettra d’encore mieux goûter la folie qui suivra.

© AP

Car dès août 1969, ils entament un tour d’Amérique de 45 jours où, invariablement, ils sont reçus en héros. Ce qu’assurément, ils sont.

© AP