Depuis le début de la saga "Jurassic Park" en 1993, le paléontologue Jack Horner est le consultant scientifique des films. Il a même inspiré un des personnages du premier opus de la franchise. Alain Grant, le paléontologue incarné par Sam Neill, c'est lui, du moins en partie. Jack Horner, habitué du terrain, a par exemple découvert le premier oeuf de dinosaure dans l'hémisphère Nord, et prouvé que les dinosaures avaient un instinct parental. A présent chauve et portant barbiche, le professeur à l'Université du Montana, né en 1946, est toujours consultant pour ce quatrième volet, intitulé Jurassic World. Et pour lui, ce film est plus crédible que le premier. Dans le premier épisode, les dinosaures étaient en effet recrées à partir de l'ADN de dino retrouvé dans le sang pompé par un moustique et préservé dans de l'ambre. Dans ce nouveau volet, tout tourne autour de l'ingénierie génétique, plutôt que de la récupération d'ADN vieux d'au moins 65 millions d'années. En effet, le grand méchant de l'histoire est l'Indominus Rex, dinosaure hybride, conçu par les responsables du parc d'attraction "Jurassic Wordl" en mélangeant différents gènes de dinosaures et même d'autres animaux. 

"Nous n'avons pas d'ADN mais nous pouvons "fabriquer" des animaux transgéniques, explique lors de ses nombreuses interviews le Dr Jack Horner qui ne croit pas du tout à la possibilité de retrouver de l'ADN dans les fossiles de dinosaures. Le truc cool, avec la réalisation d'un hybride, c'est qu'on peut prendre tout un tas de gènes d'autres animaux et les mélanger, ce qui est plus plausible que de les ramener du passé." Lui-même est plongé dans l'ingénierie génétique jusqu'au cou. Il est en train de tenter de recréer un petit dinosaure à partir d'un poulet, en utilisant la technique du "reverse engineering". En clair : cela consisterait à “réveiller” les éléments ayant appartenu au dinosaure dans l’ADN de leurs descendants (oiseaux ou poulets). 

L'ambition de Jack Horner est de créer un “chickenosaurus”, un dino-poulet, donc. Le scientifique américain travaille particulièrement sur la queue. D'autres équipes à Harvard et Yale, oeuvrent sur le bec. Théoriquement, cette technique du retour en arrière est possible, selon les spécialistes de la transgenèse animale. Car, dans notre génome (ensemble du matériel génétique d'un organisme), certains gènes sont actifs, et d’autres ne sont pas ou plus exprimés et donc passifs. Mais dans la pratique, c'est autre chose : il est bien envisageable de modifier un gène en particulier, qui a un déterminisme simple (qui décide d’une seule chose, par exemple de la couleur). Mais un membre, par exemple, est le résultat de centaines de gènes différents. Modifier tous ces gènes à l’origine d’une structure complexe et qui devraient en plus interagir et se coordonner, c’est là que cela pourrait bien bloquer. "On ne maîtrise pas la connaissance et la technologie pour le faire.Même chez les individus actuels, on ne connaît pas encore tous les mécanismes des gènes impliqués dans la formation d'un membre, par exemple", souligne Luc Grobet, spécialiste de la transgénèse animale (ULg). 

Jack Horner lui estime, qu'avec les bons financements, cela pourrait prendre cinq à dix ans pour réaliser son "dino-chicken". Celui-ci se présenterait comme une petite créature à plume, avec une queue, des petits bras pourvus de griffes et un museau avec des dents, à la place d'un bec. On peut franchement en douter, y compris du timing, même si dans le domaine de la génétique, les connaissances se développent très rapidement. Jack Horner est bien une référence dans le domaine de la paléontologie, admettent ses collègues (qui lui reprochent cependant d'avoir oublié pour le film que certains dinos portaient des plumes). Mais il aime aussi particulièrement le show et les projecteurs. Et cette affirmation pourrait bien être une façon de créer le buzz et d'attirer à lui les subventions...