L'annonce du prix Nobel de Physique 2013 est retardée, a annoncé mardi la Fondation Nobel sur son compte Twitter, sans préciser les raisons de ce report. L'annonce, qui devait être faite à 09h45 GMT (11h45, heure de Bruxelles), devrait avoir lieu au plus tôt à 10h30 GMT (12h30, heure de Bruxelles). "L'Académie est encore en session", a écrit la Fondation. Le report de l'annonce n'est pas inhabituel, l'Académie des sciences devant s'accorder sur le nom du ou des lauréats avant de les joindre par téléphone. Le prix pourrait récompenser le Belge François Englert avec le Britannique Peter Higgs pour leurs travaux relatifs au boson de Brout-Englert-Higgs, une avancée cruciale pour la physique.

Plus de tergiversations

Les physiciens du monde entier retiennent leur souffle : le Nobel de physique 2013 sera-t-il bien attribué aux "découvreurs" du boson de Brout-Englert-Higgs ? On l’espérait l’an dernier, mais, à la surprise générale, le Nobel n’avait pas encore choisi d’honorer le boson BEH. Ce devrait être chose faite cette fois, mais pour qui ? En juillet 2012, au terme d’une traque phénoménale de près de 50 ans, le Cern, à Genève, annonçait avoir trouvé sur le LHC, avec 99,999 % de chance, ce fameux boson, ce Graal de la physique, la dernière pièce manquante du Modèle standard expliquant largement le monde, le boson qui explique pourquoi nous avons une masse et donc pourquoi nous existons.

Une découverte qui vaut certainement un Nobel de physique à ceux qui, les premiers, en 1964, ont échafaudé cette théorie confirmée en juillet par l’expérience. Peter Knight, président de l’Institut de physique britannique, parlait d’une découverte comme celle de l’ADN en biologie. Un magazine scientifique parlait de la découverte du siècle. Il faut rappeler la procédure des Nobel. En physique, le prix est attribué tous les ans par un comité de six membres, tous Suédois. Le comité est présidé par Björn Jonson, il comprend une physicienne d’origine française, Anne L’huillier, Börje Johansson, Per Delsing et, surtout, deux physiciens très au fait des matières traitées par Englert : Lars Brink, spécialiste de la théorie des cordes, et Lars Bergström, spécialiste de la matière noire. Donc, un jury bien au courant de la physique contemporaine.

On ne pose pas sa candidature au Nobel. C’est le comité qui sollicite des avis, des suggestions de noms auprès de diverses autorités scientifiques et universités, leur demandant de ne rien révéler des noms proposés (ils ne seront rendus publics que 50 ans après la remise du prix !). Un premier "élagage" dans les propositions reçues est fait par le comité déjà au printemps. L’an dernier, le comité Nobel avait décidé d’attendre d’abord les résultats du Cern annoncés pour décembre 2012 seulement et de choisir pour son prix 2012 d’autres physiciens. L’annonce en juillet 2012 déjà de la découverte du boson l’avait surpris et il avait choisi de ne pas changer ses plans initiaux. Cette fois, plus de tergiversations, surtout que les résultats engrangés au LHC du Cern depuis l’an dernier confirment bien tous que la particule est le boson BEH.

Aux dernières conférences Moriond et du Cern, on a confirmé qu’il s’agissait bien d’un scalaire (spin = 0), et les modes de désintégration du boson BEH ont été vérifié par les deux expériences Atlas et CMS. S’ils décident bien d’attribuer le Nobel dès cette année au boson de Brout-Englert-Higgs, il y a, a priori, 7 noms possibles. Or, le Nobel ne peut être attribué à plus de trois lauréats à la fois. On pourrait le donner au Cern, comme institution, on le fait déjà parfois pour le Nobel de la paix, mais on ne le fait pas en physique.

Quand le Cern avait découvert le boson W, le Nobel fut attribué en 1984 à Carlo Rubbia et Simon van der Meer qui furent les "chefs" expérimentateurs du Cern, mais pas au Cern lui-même. Et pour le LHC et ses expériences Atlas et CMS qui ont trouvé le boson BEH, il n’y a pas de noms qui émergent autant que Rubbia le faisait, à l’exception peut-être de la médiatique porte-parole d’Atlas, Fabiola Gianotti. Restent les théoriciens qui avaient imaginé dès 1964 cette particule et son champ. Les premiers, personne ne le conteste, furent les Belges Robert Brout (hélas décédé en 2011) et François Englert. Ils furent suivis de près par Peter Higgs et, plus tard, par un trio de deux Américains, Dick Hagen et Gerry Guralnik, et d’un Britannique, Tom Kibble. Il semble que le lobby anglo-saxon pousse à ne pas les oublier.

Prix partagé?

Le Nobel pourrait même être partagé avec un des physiciens qui ont ouvert la voie à Brout et Englert par leurs études sur les brisures de symétrie, comme Jeffrey Goldstone qui avait réalisé ses études avec Nambu (prix Nobel en 2008). On notera d’ailleurs qu’en recevant le Nobel, Nambu avait explicitement rendu hommage à Englert. En conclusion, le plus logique et le plus simple seraient de partager le prix d’un million d’euros entre Englert et Higgs. Un prix dont l’honneur retomberait sur l’ULB où Englert a encore son bureau et sur le service de Physique théorique qu’il a dirigé et qui a aujourd’hui, à sa tête, Jean-Marie Frère. Un Nobel est un formidable coup de pouce vers les étudiants, les doctorants étrangers et les pouvoirs subsidiants. Mais on le voit, le suspense demeure. C’est en tout cas maintenant ou jamais. Robert Brout, hélas, est déjà mort. François Englert, qui se porte comme un charme, a quand même fêté ses 81 ans, et Peter Higgs n’en est pas loin. Réponse ce mardi à 11h45.