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Liposuccion, prothèses mammaires, rhinoplastie, peeling, injections de botox, microgreffons de cheveux, plastie abdominale, implants fessiers, blépharoplastie (intervention visant à faire disparaître les poches sous les yeux et/ou à rajeunir les paupières lourdes ou flétries), nymphoplastie (chirurgie du sexe féminin)...tout, ou presque, peut aujourd'hui être réparé, retouché, reconstruit, corrigé, amplifié, réduit, embelli. Plus un centimètre du corps qui n'échappe aux interventions de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique. Face à cet engouement frisant l'anarchie, avec tous les risques que cela suppose, en collaboration avec l'Association professionnelle belge des médecins spécialistes en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, la Société belge de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique a tenu à réagir et plus exactement à mettre en garde le public contre les dérives commerciales de la chirurgie esthétique. Aujourd'hui âgée de 50 ans, cette institution constitue la seule association qui représente, sur le plan scientifique, les chirurgiens plasticiens en Belgique.

Sous le n° Inami 210

A cette occasion, les spécialistes ont tenu à repréciser certaines notions relatives à la chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, trois branches qui rejoignent le même tronc. Visant à corriger les contours du corps humain, la chirurgie plastique a pour but de pallier les anomalies de développement, les malformations de naissance et les déformations dues à l'âge. La chirurgie reconstructrice, quant à elle, restaure le mieux possible les structures déformées, absentes ou détruites par un traumatisme, la maladie ou la chirurgie. Enfin, comme son nom l'indique, la chirurgie esthétique ne vise pas à corriger ou à réparer mais à embellir.

Treize ans d'études

Il n'en reste pas moins que la chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique constitue une seule et même spécialité médicale (n° Inami 210). Instauré en Belgique il y a une vingtaine d'années, l'enseignement de cette spécialité impose au minimum 13 années d'études, réparties en 7 années de médecine générale, puis au minimum 2 années de chirurgie générale et au moins 4 ans de chirurgie plastique dans un service spécialisé. Treize années au terme desquelles sera décerné un diplôme, indispensable à la pratique de l'art de chirurgiens plasticiens reconnus. Seuls ceux-ci (ils sont 150 en Belgique, alors que 450 médecins non reconnus pratiquent la chirurgie esthétique) peuvent réaliser des interventions chirurgicales comme la correction des anomalies congénitales, le traitement des traumatismes des tissus mous et des fractures faciales, la résection des tumeurs malignes et bénignes, la chirurgie de la main, le traitement des brûlés, la reconstruction mammaire, la prise en charge des problèmes transsexuels, la correction du nez, la plastie des paupières, la correction des oreilles décollées, l'augmentation ou la réduction des seins, la plastie du ventre,...

Surconsommation

«Si elle est devenue un produit de consommation, voire de surconsommation, la chirurgie esthétique n'en demeure pas moins une vraie pratique chirurgicale avec ses risques et ses complications, rappelle la Société belge de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, en réalité, elle présente deux difficultés majeures: l'indication et la réalisation. D'un côté, il est indispensable de cerner les motivations du patient afin de vérifier que l'intervention est indiquée. Il faut s'assurer de l'adéquation entre la technique souhaitée et le résultat escompté. A cet effet, l'entretien préparatoire devra être mené avec tact et discernement. Le patient devra être parfaitement informé sur les risques et les bénéfices, la désinformation induite par certains médecins, publicités ou articles pouvant conduire au débordement chirurgical. D'autre part, dans l'hypothèse où l'intervention est décidée, il s'agit qu'elle soit pratiquée par un chirurgien expérimenté dans l'endroit adéquat et équipé en conséquence. En cas d'hématome, d'infection ou de nécrose, la réaction doit être rapide et efficace. Malheureusement, la chirurgie esthétique n'est pas toujours pratiquée par ceux qui sont habilités à le faire.»

Spécialistes reconnus

Le discours de mise en garde des spécialistes est limpide: il devient urgent d'alerter l'opinion publique sur cette problématique. Il est indispensable que la chirurgie esthétique soit exercée par des spécialistes reconnus, formés, expérimentés et encadrés. «Hélas, renchérissent les docteurs Albert De Mey et Albert Vanhaesebrouck, trop souvent, la surmédiatisation de la chirurgie esthétique provoque les dérives commerciales alors que, précisément, la fonction médicale doit échapper à la sphère marchande. Les médecins n'offrent pas des produits mais des services à leurs patients. Déroger à cette règle soulève immanquablement des problèmes éthiques.»

Et d'insister également sur le fait que «la chirurgie esthétique joue un rôle psychologique et social majeur dans la mesure où elle permet aux personnes concernées de mieux assumer leur image dans la société moderne».

© La Libre Belgique 2005