Quinze ans, à présent, que la petite pilule bleue, celle de l’érection, dite "du bonheur"… - qu’importe l’appellation - a fait son entrée, fracassante à l’époque, sur le marché européen. Maintenant que le brevet d’exclusivité est arrivé à expiration en Europe et que les génériques peuvent attaquer le marché (voir par ailleurs), sans doute n’est-il pas inutile de remettre quelques points sur les "i" du Sildénafil, du nom de la molécule "miracle".

Car il est des idées reçues et parfois trompeuses qui circulent, à tort, comme nous l’explique le Pr Robert Andrianne, du Centre d’étude et de traitement des sexopathologies masculines - Service d’urologie au CHU de Liège.

Quelle est, selon vous, la principale idée fausse qu’il convient de rectifier à propos de la dysfonction érectile ?  

On a tendance à croire que la dysfonction érectile (DE) est une problématique sans importance, le plus souvent temporaire et qui se guérit toute seule. C’est faux. Il s’agit d’un problème important car la DE est, dans la majorité des cas, d’origine vasculaire, c’est-à-dire en rapport avec les maladies cardiovasculaires, avec ses propres facteurs de risques qui sont communs à ces pathologies et en particulier à l’infarctus ou l’accident ischémique cérébral… Plusieurs études ont démontré que l’apparition d’une DE, qui se prolonge un peu, pourrait être le premier symptôme ou symptôme sentinelle d’une maladie cardiovasculaire plus systémique (généralisée) de l’individu. Sur 100 patients qui arrivent en clinique victimes d’un infarctus, après les avoir bien interrogés, on s’aperçoit que 60 % connaissaient une DE, apparue dans les deux ou trois années précédant cet incident plus grave. Ce signe doit attirer l’attention sur la présence éventuelle d’une artère coronaire également atteinte, ce qui permettrait d’éviter des infarctus. Il faut donc informer sur le juste signe que cela représente et ne pas banaliser le symptôme de DE, qui est souvent l’expression de maladies organiques.  

À partir de quel moment faut-il s’inquiéter d’un problème de DE ?

Après quelques mois. Il faut que cela soit relativement persistant et que ce ne soit pas une panne comme cela peut arriver à tous les hommes qui prennent un peu d’âge. On sait en effet que la prévalence de la DE augmente fortement à partir de 45-50 ans. Dans cette tranche d’âge, on considère qu’environ un tiers des hommes connaissent une DE légère, modérée ou sévère. A partir de 60 ans, cela concerne pratiquement la moitié des hommes. Ces problèmes peuvent aussi exister chez un faible pourcentage de jeunes qui présentent des anomalies organiques, comme des artères pas bien développées au niveau de la verge, ou alors de gros problèmes psychologiques.  

Une autre idée répandue est que l’on ne peut pas guérir un trouble de l’érection…  

En effet et ce n’est pas exact. On peut prendre en charge ces patients fragilisés, car atteints dans leur virilité. J’estime qu’il s’agit d’une maladie de couple dans la mesure où la femme peut souffrir autant que l’homme. La distance va s’installer dans le couple. Dès la première ou la deuxième consultation, j’informe donc les patients qu’il est possible de les guérir, et que cela dépend de "jusqu’où ils souhaitent aller". Cela va de la prescription de comprimés dont le Sildénafil, efficace chez 60 à 70 % des patients traités, aux prothèses péniennes, en passant par les injections intracaverneuses de la verge.  

Et que dire du "Viagra qui tue" ?  

Il faut à tout prix sortir cette idée de la tête des gens. Lorsque ce médicament a été mis sur le marché, il y a quinze ans, il manquait en effet une précaution dans la notice, à savoir le risque d’association du Sildénafil avec les coronarodilatateurs (dérivés nitrés qui dilatent les artères coronaires). Les patients qui prennent ce type de médicament, étant généralement impuissants, se sont rués sur le Viagra, avec ou sans ordonnance aux Etats-Unis. Avec, pour conséquences, des décès. Depuis que cette précaution figure sur la notice, et que les médecins sont bien informés qu’il faut éviter de combiner ces deux vasodilatateurs, il n’y a plus d’accident. Si on respecte ces contre-indications, ce médicament n’est pas dangereux. Il est même utilisé pour améliorer les performances en altitude car il favorise l’oxygénation du sang. Il est aussi prescrit pour certaines pathologies cardiaques, pulmonaires, hypertension artérielle. Des études semblent même avoir démontré, chez l’animal, un effet sur les cellules graisseuses et donc sur l’obésité. On dit d’ailleurs que le Cialis est l’aspirine du riche !