En déclarant, mercredi dans les colonnes de nos confrères du  "Morgen" , que les Affaires étrangères devraient déconseiller aux musulmans belges de partir à La Mecque pour le pèlerinage en raison du " risque de diffuser dans le monde entier le virus MERS, mortel et incontrôlable ", le virologue de la KULeuven, Marc Van Ranst a ravivé le spectre d’une épidémie due à celui qui est à présent baptisé coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV).

Ce médecin est-il trop prudent - mais l’est-on jamais assez ? - ou l’Histoire lui donnera-t-elle raison ? Toujours est-il que, pour l’heure, cette mesure n’est pas à l’ordre du jour, comme nous l’a expliqué le Dr Steven Van Gucht, chef du Service des maladies virales à l’Institut scientifique de santé publique (ISP).

Quelles sont les consignes de mise à l’heure actuelle ?  

S’il est évidemment toujours difficile de prévoir le développement à venir d’un virus - il peut aussi bien disparaître que donner lieu à une épidémie -, sur base des données dont on dispose actuellement, un avis officiel a été rendu le 26 juin dernier par un Comité d’experts belges (Risk assesment group) rassemblant des universitaires, inspecteurs d’hygiène, virologues, médecins, représentants des autorités fédérales… Selon cet avis de l’ISP, il a été décidé de suivre les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui considère que, pour l’instant, il n’y a pas lieu d’émettre des restrictions pour des voyages ou le commerce vers l’Arabie Saoudite ou le Moyen-Orient.

  La vigilance est néanmoins de mise et de circonstance…  

En effet, l’OMS recommande notamment de bien respecter les règles d’hygiène comme se laver fréquemment les mains, éviter le contact avec des animaux ou encore la fréquentation des hôpitaux s’il n’y a pas d’urgence. Il n’y a cependant pas d’avis négatif pour les pèlerinages, par exemple. Du moins pour l’instant.   Au stade actuel, on compte 77 cas d’infection déclarés officiellement sur une période d’environ un an, dont une quarantaine de décès, ce qui reste malgré tout assez limité…   De fait, il s’agit essentiellement de cas sporadiques, avec quelques cas dans des hôpitaux ou des familles. A ce stade, le risque de contamination est donc encore considéré comme "plutôt faible", même si la mortalité est importante. Cela dit, les autorités saoudiennes suivent la situation de très près.  

Que sait-on, à ce jour, de la source du virus ?  

Le problème est précisément qu’elle n’est pas encore bien définie. On pense qu’il doit y avoir un réservoir animal mais on n’a pas encore vraiment identifié lequel. Or, c’est indispensable pour pouvoir bien gérer la situation.  

Et quant au mode de transmission ?  

Jusqu’ici, le virus ne semble pas très contagieux, contrairement à celui de la grippe. Il s’agit d’un virus respiratoire qui se transmet par les expectorations, gouttes infectées expulsées lors d’une toux, d’un éternuement, voire d’une simple conversation. On sait aussi qu’il faut un contact proche et prolongé pour être infecté, dans un contexte familial ou d’hôpital, par exemple. Les principales victimes sont des personnes plutôt âgées, souvent immunodéprimées et en majorité des hommes. Il se pourrait que le voile porté par les femmes en Arabie Saoudite les protège.

Que pensez-vous des déclarations de votre confrère Marc Van Ranst, estimant qu’il faudrait déconseiller les pèlerinages à La Mecque ?  

Je comprends son souci; il est peut-être plus prudent que nous. Et il s’agit en effet du plus grand rassemblement de personnes au monde. Comme four d’incubation pour un virus, celui-là ou un autre, c’est donc vraiment idéal. Nous avons cependant choisi de nous aligner sur l’OMS pour qui, en ce moment, les restrictions sur les voyages ne sont pas encore nécessaires.  

A quels symptômes, les personnes qui ont voyagé dans les pays concernés, doivent-elles être attentives ?  

Généralement, la maladie se déclare comme une grippe, avec de la fièvre, une toux. Cela peut évoluer une semaine plus tard vers une inflammation pulmonaire plus grave qui nécessitera une hospitalisation. Si on a visité la région, en présence de tels symptômes dans les deux semaines qui ont suivi le retour, il faut consulter un médecin.