Toujours à la recherche de nouveaux challenges, de plus en plus d'ados se défient sur les réseaux sociaux. Cette fois, la mode est à la "neknomination", une nouvelle tendance issue d'Australie, mais qui se propage rapidement en Europe. Le concept est simple mais pas sans risques. Il s'agit de se filmer au moment d'un "cul-sec" d'alcool et ensuite de défier trois autres personnes. L'objectif est de partager au maximum la vidéo sur Facebook ou Twitter. Et l'originalité prime ! Par exemple: en buvant sur la planche de surf, dans un aquarium, déguisé en Batman ou encore en drag queen, sous la douche et même au volant de la voiture. Une cinquième personne vient d'en décéder. C'est un Britannique.

Pour Thomas Orban, médecin spécialisé dans les dépendances à l'alcool, on peut parler de véritable "épidémie virale". "Ce jeu exploite en effet les mêmes techniques que la publicité virale utilisée par les alcooliers. Ici, les jeunes ne doivent rien faire, cela se transmet tout seul, via le réseau Facebook. Et tout va très vite. Ce qui est très interpellant, c'est que ces jeunes s'obligent à boire seuls chez eux, avec comme seul témoin leur smartphone. C'est un peu glauque". Généralement ce défi se pratique à jeun, d'où la diffusion rapide de l'alcool dans le sang. "On peut déjà rencontrer une toxicité assez aiguë et même avec une seule séance d'alcoolisation (certains utilisent de l'alcool, d'autres de la bière, un verre ou carrément une bouteille, etc.), avec parfois une atteinte neurologique, surtout lorsqu'on est plus jeune. A l'adolescence, le système nerveux central est effectivement en pleine évolution. Autre danger: plus tôt une personne est en contact avec l'alcool, plus les risques de dépendances sont élevés."

Un système extrêmement pervers

Outre les dangers pour la santé, les adolescents doivent également faire face à des conséquences d'ordre psychologique. La "neknomination" passe effectivement par les réseaux sociaux. Certains jeunes peuvent donc être nominés plusieurs fois sur une même journée. Avec un délai de maximum 24h pour réaliser le défi, la consommation d'alcool peut être importante, voire quotidienne. "Et tout ceci se réalise dans un contexte qui est celui de l'adolescent, c'est-à-dire de la transgression des limites et des interdits. On y ajoute la force du groupe. Tous les copains voient que vous êtes "neknominé", vous serez donc un pâle type ou une pâle fille si vous ne le faites pas, d'autant qu'il y a un gage à la clé. Dans certains cas, vous devrez un casier de bière et serez en dette face aux autres, vous devrez rendre des comptes. C'est extrêmement pervers comme système", explique le Dr Orban. Sans oublier qu'il est strictement interdit aux moins de 16 ans d'acheter des boissons alcoolisées. "Certains bravent donc l'interdit de la loi ou chipent de l'alcool à leurs parents, ce qui les met aussi dans une situation de conflit de loyauté", ajoute-t-il.

Face à la "neknomination", les parents sont parfois démunis. Bon nombre d'entre eux n'imaginent d'ailleurs pas une seconde que cette dangereuse tendance puisse entrer dans leur foyer. Alors, que leur conseiller? "Il faut en parler. Le dialogue est fondamental. On doit expliquer aux ados que cela existe, que c'est dangereux et pour quelle raison. Surtout, évitez d'interdire stupidement, car c'est une manière d'adresser un interdit supplémentaire. Expliquez que l'alcool est un produit qui se vend partout et que tout le monde le consomme, (ce qui renverra les parents vers leur propre consommation). Il y a moyen de dire non, et les enfants doivent le savoir. S'ils sont déterminés à répondre à leurs camarades, qu'ils le fassent, mais qu'ils ne nomment personne d'autre après et bloquent la chaîne", conseille le Dr Orban.

Vers une prise de conscience

Si du côté de Facebook, on refuse de bannir les images et vidéos associées à ce jeu, le ministère de l'Intérieur français s'inquiète. La page « Neknomination France» est passée en peu de temps de quelques centaines de fans à plus de vingt mille. De nombreux postes appellent à réagir. On retiendra notamment la belle initiative d'un jeune Bordelais. Nominé, il a préféré relevé le défi de manière originale et solidaire. L'audacieux s'est filmé occupé à distribuer des burgers et de l'eau à des SDF. Ensuite, il a défié ses camarades de l'imiter. C'est la "smartnomination", comprenez nomination intelligente !