- Le bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ?

« Le bouddhisme est une religion en Orient où il est né, mais plus une philosophie en Occident. Il me semble qu’une religion, dans la définition contemporaine, c’est davantage sociologique et culturel, et la philosophie davantage de l’ordre d’un choix personnel. Souvent les gens ont été éduqués dans une religion mais sans y avoir vraiment adhéré. Dans le catholicisme, on parle beaucoup de « conversion », et quand on leur demande ce qu’ils étaient avant leur conversion, et bien ils étaient déjà catholiques mais ils font la distinction entre le temps où ils ont été éduqués dans une religion et le temps où ils ont adhéré à cette religion. »

- Bouddha est-il un Dieu ?

« Bouddha n’est pas un Dieu. On ne l’adore pas comme un Dieu. Dans le bouddhisme, on adore plutôt le chemin que doit parcourir le pratiquant pour devenir un homme éveillé, qui a atteint le nirvana. »

- En France et en Belgique, les personnes qui croient en Dieu sont de moins en moins nombreuses, comparé à d’autres pays dans le monde. Le bouddhisme est-il une religion athée susceptible de convenir à ceux qui ne croient pas en Dieu ?

« Le bouddhisme n’est pas à proprement parler une religion athée car il existe des figures qui ne sont pas de simples mortels comme les Boddhisattvas, qui décident de se réincarner quand même alors qu’ils ont atteint l’éveil. Normalement quand on atteint l’éveil, le cycle des réincarnations est terminé, mais eux décident de se réincarner quand même pour aider les autres êtres humains ».

- On dit souvent que le bouddhisme est une religion pragmatique, par l’expérience, en opposition aux religions révélées comme le christianisme. En quoi ce type d’apprentissage peut-il être un avantage dans notre société ? Les livres sacrés des religions monothéistes ne sont-ils pas devenus trop lointains et trop vagues pour les Belges d’aujourd’hui ?

« Le bouddhiste tente d’avoir un comportement de vie juste et tout ce qui est de l’ordre de la spéculation est plutôt relégué au second plan. Le bouddhiste cherche à trouver les maux qui nous accablent et tente de trouver les remèdes à ces maux qui nous accablent. C’est plus concret, c’est cela qui est le cœur de la doctrine. La spéculation métaphysique, théologique est périphérique. Ce qui fait une grande différence avec la religion catholique où l’on part du principe pour aller aux détails, où il y a des principes fondamentaux qu’on considère comme vrais avant de raisonner, et qui ne sont pas discutables. »

- Que penser de la pratique des religions en Belgique de nos jours ?

« Dans les religions aujourd’hui, beaucoup de gens ont une attitude de consommateur, le client étant roi, s’il n’est pas content il va voir ailleurs. Il y a du bricolage, les personnes bricolent une foi qu’elles adaptent par rapport à leurs desiderata du moment, puisant ça et là des éléments qu’elles jugent opportuns pour se reconstituer une spiritualité à la carte. C’est aussi parce qu’il y a un fossé entre les religions et la vie quotidienne, surtout dans le domaine de la bioéthique par exemple, l’interruption volontaire de grossesse, l’euthanasie, la fécondation in-vitro. Sur ces points le bouddhisme ne formule aucune interdiction stricte même s’il accorde une certaine importance à toute vie humaine, animale et même aux plantes.