ENTRETIEN

Aune époque où les diagnostiques pré-implantatoires se développent, où l'on évoque la possibilité du choix du sexe de l'embryon, où les techniques obstétricales s'affinent, on aurait un peu vite tendance à croire que tout est faisable, permis, réalisable en un coup de baguette médicale magique. La Belgique s'est, d'ailleurs, forgé une fort belle réputation en la matière, avec 7800 traitements par an pour des couples belges et 3700 pour des patientes venues de l'étranger, selon les derniers chiffres disponibles.

Si de réels progrès ont à l'évidence été accomplis ces dernières décennies, il peut arriver que des données nous fassent revenir à une certaine réalité. Ainsi les chiffres révélés dans des études récemment parues font penser que les méthodes de procréation médicalement assistée ne sont pas forcément la panacée. Mais peut-être le problème se trouve-t-il aussi ailleurs, comme nous l'explique le PrFrank Comhaire, andrologue et interniste à l'hôpital universitaire de Gand.

Quelles sont les principales explications au faible taux de grossesses parmi les couples ayant pratiqué une FIV, simple ou par la technique ICSI?

Dans la plupart des cas de ces couples inféconds venus consulter, on constate une qualité du sperme parfois très déficiente. Si le maximum est tenté pour aboutir à une grossesse, on ne peut cependant pas faire des miracles et il s'agit de prévenir les patients. Il faut avoir l'honnêteté de dire que les tentatives ne sont pas toujours couronnées de succès. La probabilité de ne pas avoir de grossesse lors une première tentative est environ quatre fois plus élevée que celle d'avoir une grossesse se terminant par une naissance. Les couples sont souvent très déçus à ce niveau, mais également impatients. Pourtant, dans la population générale, selon les statistiques, seuls 85pc des couples obtiennent une grossesse naturelle endéans un an d'essais. Très vite, ils se dirigent vers la FIV et passent alors à côté d'autres traitements qui auraient pourtant pu éviter cet interventionnisme.

De plus en plus, on met en cause la mauvaise qualité du sperme. Quelles en sont les raisons?

La qualité du sperme n'est, en effet, bien souvent pas optimale. Il est donc essentiel de toujours essayer d'améliorer d'abord la qualité du sperme en faisant les analyses et examens nécessaires chez l'homme, afin qu'un andrologue administre le traitement approprié pour traiter la cause de la déficience. C'est très important car même si, dans certains des cas, il faudra avoir recours à un traitement par FIV, les résultats d'une fertilisation in vitro en termes de grossesses et d'accouchements sont meilleurs si l'on a auparavant optimalisé la situation de l'homme et de son sperme. En outre, dans plus de 30pc des cas, le traitement pourra déboucher sur une grossesse naturelle.

En quoi la qualité du sperme est-elle déficiente?

Il a été démontré que, chez la plupart des hommes souffrant d'infécondité, non seulement l'aspect des spermatozoïdes était anormal, mais également et surtout la composition génétique, c'est-à-dire l'ADN. Dans la plupart de ces cas, on a observé des altérations causées par des radicaux d'oxygène et d'autres produits toxiques au niveau de l'ADN des spermatozoïdes. Normalement, ceux-ci ne seraient pas en mesure de féconder naturellement. Mais lorsqu'on introduit par une aiguille un tel spermatozoïde à l'intérieur de l'ovule (en le violant en quelque sorte), l'ovocyte peut, s'il devient un embryon, porter des caractéristiques qui ne sont pas optimales. Ceci explique pourquoi une proportion malgré tout importante de grossesses débutantes n'évolue pas vers la naissance d'un enfant, pourquoi le poids des enfants est inférieur et pourquoi on observe davantage de problèmes de développement et de santé chez les enfants nés de la technique ICSI plutôt que par conception naturelle.

Que peut-on dire de la qualité du sperme des hommes en Belgique?

La proportion d'adolescents ou de jeunes en bonne santé ayant un sperme normal a énormément diminué. On peut dire que le pourcentage d'hommes inféconds ou hypoféconds a été multiplié par cinq en l'espace de 25 ans. Cela dit, il existe des traitements et l'on peut aujourd'hui obtenir des embryons même avec un sperme très déficient par la méthode ICSI. Mais, encore une fois, le problème est que ces embryons ne prennent pas toujours au niveau de l'utérus ou qu'ils sont parfois d'une qualité médiocre.

Quelles sont les autres causes principales d'infécondité chez l'homme?

La varicocèle ou varice au niveau du testicule, qui cause une détérioration progressive de la production des spermatozoïdes et de leur qualité, des infections acquises par maladies sexuellement transmissibles, les anticorps antispermatiques, les anomalies au niveau hormonal, les altérations congénitales, et, de plus en plus, l'influence de substances toxiques et de notre mode de vie (abus d'alcool, de tabac, vie sédentaire, exposition à des dizaines de substances toxiques qui causent des altérations au niveau de la spermatogenèse, mais qui sont souvent réversibles).

Et quelles sont les principales causes d'infécondité féminine?

Les indications féminines pour fertilisation in vitro demeurent limitées. Il s'agit la plupart du temps d'un problème d'obstruction des trompes (le passage de l'ovule est bloqué) ou d'altération au niveau de l'endométriose (présence en dehors de l'utérus du tissu qui doit normalement se trouver à l'intérieur). Il existe également de rares cas d'ovaires polykystiques.

Comment se distribue la répartition entre les causes d'infécondité exclusivement masculines, féminines ou combinées?

Les facteurs masculins représentent 38pc, contre 29pc pour les origines féminines et 13pc pour les facteurs combinés. Certaines infécondités demeurent inexpliquées. Ces chiffres ont évolué dans la mesure où, au début de la période d'observation, les causes étaient principalement féminines.

© La Libre Belgique 2004