Le groupe Sprout Pharmaceuticals, à l'origine du traitement présenté comme le premier "Viagra féminin", n'est pas le seul à avoir mis au point un médicament pour raviver le désir sexuel des femmes. Depuis de longues années, les entreprises pharmaceutiques tentent de réitérer au féminin le succès de la célèbre pilule bleue de Pfizer. En 2012, un an avant l'arrivée sur le marché de génériques, les ventes mondiales de Viagra représentaient environ 2 milliards de dollars. Sprout Pharmaceuticals a racheté le Flibanserin au laboratoire allemand Boehringer Ingelheim après le refus, en 2010, de l'agence américaine des médicaments (FDA) d'autoriser sa mise sur le marché. En 2013, le groupe américain a essuyé un nouveau refus de la FDA. Le feu vert donné mardi est conditionné notamment à la mise en place de procédures pour s'assurer que les utilisatrices sont pleinement conscientes des risques qu'elles encourent.

Les effets secondaires du Flibanserin, dont le nom commercial est Addyi, ne sont en effet pas anodins, surtout en combinaison avec de l'alcool. Or, contrairement au Viagra, Addyi doit être ingéré tous les jours, et non uniquement à l'occasion de l'acte sexuel.

Malgré une efficacité limitée (seules 10% des participantes aux tests cliniques ont fait part d'une amélioration significative de leur satisfaction dans leurs relations sexuelles), Sprout Pharmaceuticals a mené un lobbying intense pour obtenir une décision favorable de la FDA.

Face au succès des médicaments contre les troubles de l'érection, les entreprises pharmaceutiques sont pressées de leur donner un équivalent féminin. Mais, là où les pilules destinées aux hommes s'attaquent à un mécanisme physique, les traitements pour les femmes visent l'augmentation du désir lui-même, quête incommensurable s'il en est.

En Europe, aucune procédure n'a été lancée pour la commercialisation du Flibanserin. Mais un autre médicament censé booster la libido des femmes y a un temps été vendu: Intrinsa, développé par Procter & Gamble. Il a été autorisé par la Commission européenne en 2006, uniquement à destination des femmes ayant subi une ablation de l'utérus et des deux ovaires. Il a en revanche été refusé par les Etats-Unis et, en Europe, ce patch à la testostérone n'a été lancé qu'en France, Allemagne, Irlande, Espagne et Grande-Bretagne. En raison de son indication restrictive et de ses effets secondaires (prise de poids, pilosité excessive, perte de cheveux, etc.), il n'a jamais rencontré le succès espéré. Il a été retiré de la vente en 2012.

A côté des crèmes et autres pilules à base de plantes, le rayon des produits présentés comme des équivalents féminins du Viagra compte aussi l'Osphena, de la compagnie japonaise Shionogi. Autorisé en 2013 aux Etats-Unis, il est destiné aux femmes ménopausées qui souffrent en particulier de sécheresse vaginale. En améliorant le confort vaginal, l'Osphena agit donc seulement indirectement sur le désir. Il peut augmenter le risque de caillots sanguins et même de cancers, prévient sa notice.

Enfin, un autre traitement suscite de grands espoirs commerciaux: le Tefina, de la société canadienne Trimel Pharmaceuticals. Toujours en phase de tests, ce gel nasal à base de testostérone aide à atteindre l'orgasme sans les effets secondaire d'Intrinsa, selon ses concepteurs. Il a en partie été développé par le laboratoire de pharmacie galénique de l'Université de Liège.