Il n'est pas rare de connaitre des somnambules dans son entourage et même si les comportements prêtent à sourire, ce trouble du sommeil peut s'avérer dangereux. Une étude française, relayée par Le Figaro, conclut d'ailleurs que la maladie est rarement prise au sérieux et mérite qu'on s'y attarde plus longuement. Le Professeur Yves Dauvilliers, directeur du laboratoire du sommeil à l'hôpital Gui-de-Chauliac à Montpellier, vient donc de publier une étude dans laquelle il réagit au manque d'attention porté à cette pathologie. En effet, comme le rappelle le journal français, "le somnambule jouit dans l'imaginaire collectif d'une image plutôt calme. Mais la réalité peut parfois s'avérer plus mouvementée: chute, saccage de chambre, jet d'objets, voire même, dans des cas heureusement exceptionnels, des accidents dramatiques". Un homme en pleine "crise" est d'ailleurs devenu tétraplégique après une chute dans les escaliers.

L'étude, publiée récemment dans la revue internationale Sleep, a été menée sur 100 somnambules adultes. Ces derniers ont été diagnostiqués entre 2007 et 2011. L'étude révèle que 58 % des patients ont connu une crise de somnambulisme qui s'est avérée violente. Dans 17% des cas, l'intégrité physique du patient, ainsi que celle de la personne qui partage sa chambre, ont été mises à mal provoquant ecchymoses, saignements du nez ou encore des fractures. Un cas de traumatisme crânien a également été recensé. Le patient s'était jeté du troisième étage.

"Il ne s'agit pas de violence à proprement parler et encore moins de violence dirigée contre le partenaire", nuance le Dr Eric Mullens, médecin somnologue référent du laboratoire du sommeil d'Albi, interrogé par Le Figaro. Car c'est durant la période de sommeil lent profond que se déclenche le somnambulisme. "A ce moment-là, la personne a une activité mentale, sans que l'on puisse parler de rêve. Elle se trouve dans une confusion totale quant à son environnement", insiste le somnologue.

Le Professeur Dauvilliers, responsable de l'étude, a d'ailleurs déjà eu affaire à ce type de comportement. L'un de ses patients a un jour jeté un téléviseur par la fenêtre. Il pensait qu'il s'agissait d'une bombe.

Mais ce trouble du sommeil reste une pathologie très peu connue, les somnambules ne se rappelant que très rarement de ce passage. "Hormis quelques épisodes de longue durée où les patients se réveillent au milieu de l'accès et peuvent en parler, dans 90% des cas les patients ne se souviennent pas de leurs actes au réveil et l'on reconstitue le film par des liens indirects: état de la chambre, témoignage du compagnon", précise le professeur.

On ne connaît d'ailleurs que très peu les symptômes associés au somnambulisme. Dans le panel des patients étudiés, 59% affichent également un manque de sommeil, du stress, ses symptômes de dépression ou encore de l'anxiété. Mais comme le rappelle Yves Dauvilliers, il est difficile de dire s'il s'agit là des causes ou des conséquences de ce trouble du sommeil. Et d'ajouter: "C'est l'un des grands enjeux de nos études. C'est pourquoi une partie de nos travaux consiste à étudier si ces signes persistent ou non lorsque le somnambulisme est traité".

Heureusement pour les somnambules, des traitements existent. Tout dépend de la gravité de la pathologie. Les patients peuvent être éduqués dans des centres du sommeil via notamment des thérapies. Mais ce n'est pas toujours efficace. C'est alors que les médecins peuvent proposer aux patients des médicaments à base de benzodiazépines. Ce traitement aura pour but de diminuer le sommeil lent profond et les éveils intra sommeil. Ces derniers sont liés au somnambulisme. Seulement, ces médicaments ne peuvent être pris sur une trop longue durée.

Les mystères autour du somnambulisme restent donc encore très présents…