Et la tête, comment va-t-elle ? Pas trop bien si on en croit le rapport annuel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) selon lequel 450 millions de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux. En d’autres chiffres, une personne sur quatre serait appelée à connaître un problème, léger ou sévère, dépression ou schizophrénie, de santé mentale au cours de son existence.

Certes, il y a santé mentale et santé mentale. Les problèmes rencontrés au Liban après une vingtaine d’années de guerre ou ceux à venir en Afghanistan, pays où l’on peut prévoir un réel stress post-traumatique à l’heure de la reconstruction, n’ont rien à voir avec ceux des sociétés occidentales. Toutefois, précise le rapport, “au-delà des souffrances et de l’absence de soins, ce sont la stigmatisation, la honte, l’exclusion et, plus souvent que nous ne voulons l’admettre, la mort qui les menacent”. Face à un tel constat, la position de l’OMS est claire : “La santé mentale, trop souvent négligée, doit être considérée sous un jour nouveau”.

UNE ANNÉE BELGE DE DÉBAT

Tel est également le discours des protagonistes de la santé mentale dans notre pays, lequel a consacré l’année 2001 à ce sujet de société. Après le champagne de Noël et le caviar du Nouvel An, commentaires et bilan dédramatisant.

“Le fait que l’OMS consacre son rapport annuel à la santé mentale est significatif, positif et va dans le sens de notre action. L’Organisation contribue ainsi à sortir la santé mentale de la zone d’ombre, du non-dit, du tabou”, nous dit Eric Messens, directeur de la Ligue bruxelloise francophone pour la santé mentale. “Nous venons de recevoir le rapport complet et il est clair que les professionnels de la santé mentale vont l’étudier. Le message du rapport disant que nous sommes nombreux à être concernés est lui aussi important. Toutefois, comme toujours, les chiffres sont à prendre avec précaution. Comment ont-ils été établis ? Je redoute aussi une certaine confusion quand je lis qu’il est à la fois question de dépression et de retard mental, de troubles de l’enfance et de maladie d’Alzheimer. Le retard mental et la maladie d’Alzheimer ne relèvent pas de la santé mentale. Le premier est lié à des problèmes organiques, congénitaux ou neurologiques et la deuxième est une dégénérescence d’ordre neurologique qui peut certes agir sur le psychisme mais il ne s’agit pas au départ d’un problème de santé mentale. Alors, arrêtons une fois pour toutes de mélanger les pommes et les poires.” Tel était en effet un des objectifs de l’Année de la santé mentale organisée à l’initiative des trois ligues régionales et des Fondation Reine Fabiola et Renson. Tous ces objectifs ont-ils été rencontrés ?

“Il serait extrêmement prétentieux de croire qu’on a réussi à changer les mentalités”, répond Eric Messens. “L’intérêt de cette année est d’avoir soulevé une question souvent tenue sous le boisseau, mais nous ne pouvons arrêter là. Nous ne sommes qu’au début de notre initiative. Les psys doivent sortir du bois.”

Parmi les points forts de l’année, épinglons tout simplement la publication d’une brochure “La santé mentale, j’en parle”, claire, pratique et accessible à tous, distribuée dans les écoles, les pharmacies, les salles d’attente et très appréciée par le grand public parce que les psys avaient, une fois n’est pas coutume, laissé leur “jargon” au vestiaire.

La mini-programmation, plus axée sur la santé mentale dans le sens très large du terme, de l’Arenberg à l’occasion du Festival “Écran total” a suscité, pour sa part, des débats passionnants, suite par exemple au film de Christophe Blanc, “Une femme d’extérieur”, dans lequel Agnès Jaoui remet sa vie en question à l’aube de la quarantaine.

Contre toute attente, le forum entre professionnels et grand public a remporté un franc succès. “Le parcours du fou”, organisé au Poche, a permis une approche ludique des problèmes, petits ou grands, qui chatouillent notre psychisme. Car cette année était bien celle de la santé et non de la maladie mentale. Où s’arrête l’une, où commence l’autre ? Éternelle question à laquelle Eric Messens répond : “Le trouble devient maladie quand le premier demeure, persiste, s’installe, quand l’entourage, les personnes ressources ne peuvent plus aider, quand le recours à un professionnel s’impose”