ENTRETIEN

Passionnée par la recherche, le Dr Nancy Andreasen y a déjà consacré trente ans de sa carrière. Durant celle-ci, elle a mené une série d'études remarquables qui ont permis d'améliorer les connaissances scientifiques relatives à certaines maladies psychotiques graves dont la schizophrénie. Cette psychose, qui touche 1 pc de la population, et qui survient chez le grand adolescent est habituellement chronique. Elle se caractérise non par un dédoublement de la personnalité mais plus précisément par des signes de dissociation mentale, de discordance affective et d'activité délirante incohérente entraînant souvent une rupture sociale et un repli autistique.

Le Dr Nancy Andreasen fut, par exemple, la première à souligner l'importance de la classification entre symptômes négatifs et positifs et à créer des outils d'évaluation standardisés qui constituent aujourd'hui la base d'une grande partie de la recherche sur les mécanismes cérébraux de la schizophrénie.

Ses recherches, grâce à l'imagerie par résonance magnétique, ont permis d'observer des anomalies dont la diminution du cerveau et celle du lobe frontal. Nancy Andreasen souligne surtout l'importance de l'étude de la schizophrénie dans ses phases précoces et toutes ces découvertes lui ont valu de recevoir, cette année, des mains de la princesse Mathilde, le prestigieux Prix Interbrew-Baillet Latour de la santé dont la valeur est de 150000 euros. Voilà qui valait le déplacement depuis la chaire Andrew H.Woods de psychiatrie à la faculté de médecine de l'Université de l'Iowa.

La douleur des patients

Claire et précise, la lauréate parle aussi de la maladie avec beaucoup d'humanité, consciente de la réelle douleur que vivent les parents des schizophrènes: «Ils souffrent parce que leur enfant est malade et parce que la société attend d'eux qu'ils obtiennent un bon résultat. La société les rend responsables d'avoir causé le trouble en élevant leur enfant or il s'agit d'un réel désordre d'ordre mental qui se développe pendant l'adolescence. Le développement du cerveau n'est alors pas optimal et certaines connexions deviennent anormales. Ils ont tous des symptômes terribles », nous dit encore le professeur en qualifiant d' horrible» cette maladie car les victimes souffrent, se suicident parfois, et réalisent qu'elles perdent leur esprit, leur personnalité pendant que les parents voient leur enfant changer, s'éloigner peu à peu.

Revenant sur l'objet de ses recherches, Nancy Andreasen insiste sur le fait qu'il faut aussi traiter les symptômes négatifs - émoussement affectif, pauvreté du discours, rupture sociale avec les amis, chute des résultats scolaires - et pas seulement les symptômes positifs - hallucinations, délires.

Cependant, lesdits négatifs précèdent les positifs et sont plus difficiles à déceler. Voilà pourquoi il faut mieux informer les parents. «Une baisse de résultats scolaires et un retrait social peuvent être un signe mais on ne peut encore, à ce stade, réellement diagnostiquer la schizophrénie. Nous voulons donc avoir des mesures objectives pour établir un bon diagnostic quand l'enfant arrive avec ces symptômes négatifs et finalement intervenir avant que le cerveau ne soit endommagé» conclut Nancy Andreasen.

© La Libre Belgique 2003