Pourquoi avez-vous commencé à jouer ? Combien de temps avez-vous été accro à ce jeu ?

«J’ai commencé à jouer parce qu’un ami m’a dit «test ce jeu ma poule, ça roxe !» (roxer en langage jeux vidéo signifie qu'on est face à quelque chose qui en vaut la peine). D’ailleurs c’est lui qui m’a payé le jeu qui coûtait 25€ et je me suis ensuite acheté ma première carte de recharge qui coûte entre 25€ et 30€ selon les endroits. Il faut aussi savoir que je jouais déjà avant mais pas dans le même style de jeu. Je suis resté accro, «no life» comme on dit dans le jargon des gamers, une bonne grosse année.»

Pourquoi avez-vous arrêté ?

«Je sentais une nuisance qui s’installait par rapport à mes relations avec les autres. Je me rendais bien compte que je ne bougeais plus jamais de chez moi. Je me levais à 15h et allais me coucher à 3 ou 4h du matin, et parfois même des nuits blanches. J’ai vraiment abusé au niveau de la connexion ! Je ne sortais plus et cela a pris une ampleur impressionnante. J’aime tellement les jeux vidéo que c'est plus fort que moi. Il y a aussi le fait que sur le jeu, on crée une guilde, une sorte d’alliance et on s’attache petit à petit à cette communauté… du coup on reste et on s’accroche encore plus. Bien que les amis de WOW ne sont pas de réels amis et n’en seront jamais, ça reste virtuel.»

Vos amis ou votre famille vous reprochaient-ils le nombre d’heures passées sur l’ordinateur ?

«Ma famille s’en foutait un peu. Ma mère m'a fait quelques remarques mais elle s'est habituée. Pour mes amis par contre, il y avait un gros problème. Ils me reprochaient de ne plus sortir, je ne donnais plus de nouvelles, je posais des lapins et j’ai aussi abandonné mon année de communication à l’ULB.»

Combien de temps pouviez-vous rester connecté par jour?

«Aucune limite… J’allais me coucher quand mes yeux se fermaient et que je ne pouvais plus lutter contre la fatigue. Je n’avais pas d’horaire et même encore maintenant. Ca a toujours été comme ça, même quand j’étais plus jeune.»

Qu’est-ce-que cela vous apportait personnellement ? Jouer vous procurait-il une jouissance quelconque ?

«J’adore les jeux vidéo mais celui-ci est différent. On joue en réseau à plusieurs pour aller attaquer ou tuer d'autres joueurs, il y a des matches de groupe, etc. On est avec d’autres gens qui viennent d’horizons différents. C’est l’aspect social de ce jeu qui donne envie de jouer. C’est simple, développé et efficace. Ce n’est pas le caractère fantaisiste avec les elfes, les donjons qui m’attirait mais plus parce que j’aime surtout jouer !»

Avez-vous fait des rencontres intéressantes grâce au jeu ?

«Oui et non… J’ai rencontré des filles qui jouaient et qui m’intéressaient mais on n’a jamais été plus loin à cause de la distance. Ce genre de relation ne m’intéresse pas.»

Est-ce que vous sentez une grosse différence au niveau de vos relations et de votre bien être depuis que vous avez arrêté ?

«Oui. Je vois plus mes amis qu’avant, je sors plus. Je n’ai plus de restrictions par rapport au jeu comme par exemple devoir être présent à une telle heure pour un combat ou autre chose…»

Comptez-vous reprendre un jour ?

«J’en ai aucune idée. Avec une cadence réduite pourquoi pas. Tout est question de volonté. Avant, mon équipe et le jeu m’imposaient une certaine présence. Maintenant, ma vie a repris son cours. Je sais que si je reprends le jeu, je me fixerai une certaine limite. Mon expérience m'a permis de comprendre que ce jeu peut entraîner une importante dépendance.»