Cette fois, pas besoin de nom ou de prénom d’emprunt. Elle s’appelle Rita Secundo et "on peut écrire son nom, sans souci", nous dit-elle. "Je n’ai absolument aucune honte d’avoir affronté cette tempête dans ma vie, ce tsunami, même." Et pourquoi aurait-elle honte ? A l’entendre raconter son histoire, son combat contre le mal, il y a avant tout lieu d’être fière.

Rita est coiffeuse, dans la région de Mons. Elle a 45 ans aujourd’hui et nous avoue qu’elle "ne pensait pas un jour atteindre cet âge-là". Lorsque son premier cancer du sein a été décelé, elle était âgée de 33 ans et jeune maman de trois fillettes de 4, 8 et 10 ans.

"Un jour, j’ai senti une boule", et quelque temps plus tard, le diagnostic est tombé : cancer très agressif de grade 3. "Ce fut très dur, d’autant que j’avais une sœur qui est tombée malade à 26 ans et qui est décédée trois ans plus tard… d’un cancer du sein, laissant alors derrière elle une petite fille de 5 ans. Lorsque j’ai été diagnostiquée, je me suis dit, ‘ça y est, c’est mon tour’. Anna n’a pas réussi à vaincre la maladie qui a été plus agressive. Je me suis vue mourir."

La jeune femme est prise en charge à l’Institut Bordet, par le Dr Isabelle Veys : tumorectomie, chimio, radiothérapie. "Je me conditionnais pour ne pas être malade, j’ai continué ma vie, emmené mes enfants à l’école, fait de la danse, des balades… J’ai eu un soutien immense de la part de mon mari, à l’époque. Il m’a portée dans son amour, dans sa solidarité face à la maladie. Il a été jusqu’à se raser les cheveux, pour être comme moi suite à la chimio. Mes filles, mes frères et sœurs, mes amis, tout le monde m’a entourée. Est-ce que cela a joué au niveau de mon moral pour affronter le traitement ? Probablement. Je suis certaine que cela m’a apporté beaucoup de force. Je me suis aussi réfugiée dans la prière, la croyance, la foi en Dieu… J’ai fait tourner ce qu’il y a de positif. Quand on se rend compte que tout peut s’arrêter du jour au lendemain, on a alors une tout autre approche de la vie. Chaque lever du jour paraît formidable."

Puis, la redoutable récidive…

Le bonheur retrouvé. Mais à 40 ans, soit six ans et demi plus tard, nouveau tsunami : le cancer réapparaît. "On a alors enlevé le sein malade. Non plus une tumorectomie mais une mastectomie, cette fois. Re-chimio…"

Rita Secundo est soumise au test qui révèle qu’elle est bien porteuse du gène BRCA1, qui augmente considérablement son risque de développer un nouveau cancer du sein. "Les médecins m’ont alors conseillé d’enlever l’autre sein. Ce que j’ai fait, sans la moindre hésitation. Pour moi, ce fut un soulagement. J’avais déjà un sein en moins et retirer le second représentait plus de 80 % de chances pour moi de ne plus revivre cette maladie. On l’a donc retiré et ce fut positif pour moi. La reconstruction est en cours; j’ai été retirer mes fils hier", nous confie-t-elle.

Pourquoi Rita n’a-t-elle pas hésité une seconde à subir l’ablation à titre préventif du second sein ? "Parce que c’est la vie qui prime avant tout et que la vie, c’est sacré, même si cela nous blesse dans notre féminité au plus profond de notre cœur, de notre corps. Car c’est une maladie qui s’attaque à notre féminité. Imaginez ce que cela peut représenter pour une jeune femme dans la trentaine de perdre ses seins. Mais on se dit que c’est la vie qui compte, que le rôle d’une maman est d’être présente… On se dit qu’il faut chasser ce démon qui peut revenir et qui essaie de nous voler à nos être chers. Cette mastectomie bilatérale fut donc une libération pour moi. Je ne pouvais pas prendre le risque de retomber malade une troisième fois."

Et alors, la renaissance

Et à présent ? "Je croque la vie à pleines dents. C’est une renaissance, lorsque l’on en a fini avec cette maladie même s’il y a toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête… Mais aujourd’hui, j’évite d’y penser, je me dis que j’ai fait tout ce qu’il fallait pour que ça marche. Je suis reconstruite; il y a bien sûr des cicatrices, on ne peut pas faire des miracles, mais qu’est-ce que c’est par rapport au bonheur de voir ses enfants grandir ?"

Justement, ses trois filles, vont-elles faire le test pour savoir si elles sont porteuses du gène ? "Bien sûr, la plus jeune n’a que 16 ans, elle n’est donc pas encore concernée, nous dit Rita Secundo . L’aînée, qui a 22 ans, est enceinte et va me faire ‘mamy’- quel bonheur ! - n’est pas prête pour faire le test. Quand elle le sera, je l’accompagnerai. Quant à la seconde, elle voulait savoir et elle a fait le test. Grâce à Dieu, elle n’est pas porteuse."

"Pour les femmes qui ont un cancer du sein, je pense qu’il est important, voire primordial de rencontrer d’autres femmes qui en ont eu un et qui s’en sont sorties, insiste la futur jeune mamy. Lorsqu’elles traversent la maladie, il faut leur dire de ne jamais perdre l’espoir. Même s’il y a bien sûr beaucoup de douleur, même si le corps est meurtri, la vie peut reprendre le dessus. Tôt ou tard, le soleil peut revenir."