Il était un peu "l’astronaute oublié". L’Américain Michael Collins, membre de la mission Apollo 11 qui amena les premiers êtres humains sur la Lune, est décédé d’un cancer mercredi, a annoncé sa famille. Il avait 90 ans. En 1969, lors de la première mission lunaire, il avait le rôle de pilote du module de commande et de service. Résultat : il était resté en orbite lunaire pendant que ses coéquipiers Neil Armstrong et Buzz Aldrin devenaient les premiers hommes à marcher sur la Lune. "Certains l’appelaient l’homme le plus seul de l’Histoire, pendant que ses collègues marchaient sur la Lune pour la première fois, il aidait notre nation à franchir une étape cruciale", a souligné l’agence spatiale américaine dans son hommage à ce pionnier.

"Houston, je vois le monde dans mon hublot"

Michael Collins n’avait donc jamais pu fouler le sol de notre satellite naturel, mais il n’en a jamais gardé d’amertume, assurait-il. Il évoquait en des termes poétiques le spectacle auquel il avait pu assister depuis le module, où il était resté seul durant 32 heures. Et détaillait ainsi sa vision de la Lune : "Quand nous sommes partis et l’avons vue, oh, quelle sphère imposante. Le Soleil était derrière elle, donc elle était illuminée d’un cercle doré qui rendait les cratères vraiment étranges, en raison du contraste entre le plus blanc des blancs, et le plus noir des noirs. Et dans l’autre hublot, se trouvait ce petit pois de la taille d’un pouce au bout de votre bras, une magnifique petite chose nichée dans le velours noir du reste de l’univers. J’ai dit au centre de contrôle : ‘Houston, je vois le monde dans mon hublot’."

"C’est tellement dommage que lorsqu’on demande aux gens de citer les noms de l’équipage d’ Apollo 11, c’est en général celui de Mike Collins dont ils ne se rappellent pas, a dit l’historien de l’espace Francis French à la radio NPR. Car il était la pierre angulaire de cette mission. Celui qui savait vraiment faire voler le vaisseau tout seul, et le seul qui était capable de les ramener tous les trois à la maison." Né le 31 octobre 1930 à Rome d’un père diplomate, Michael Collins était devenu pilote d’essai de l’armée américaine. Dans les années 1960, il avait cumulé de nombreuses heures de vol dans l’espace, lors des missions Gemini.

À l’instar d’Aldrin, désormais le seul survivant de l’équipage, et d’Armstrong, Collins avait quitté rapidement la Nasa après le retour triomphal sur Terre. "Je pense toujours qu’astronaute est le meilleur boulot du monde, mais pour moi, quand c’était fini, c’était fini", justifiait-il. Il avait été nommé secrétaire d’État adjoint pour les Affaires publiques par le président Richard Nixon, puis dirigé la construction du musée de l’Air à Washington, en assumant la présidence entre 1971 et 1978. Il était devenu ensuite consultant et écrivait des ouvrages liés à l’aventure spatiale.

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