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On m’a annoncé que j’avais un cancer du sein il y a trois ans, quand mon petit garçon n’avait pas deux ans , explique Nathalie Slosse, aujourd’hui rayonnante, et je me suis trouvé complètement dépourvue, sans matériel pour expliquer cette maladie à mon fils. Une fois la période la plus pénible de la maladie passée, je me suis décidée à faire quelque chose ." Ainsi est né "Grand Arbre est malade", un livre qui raconte aux tout-petits la maladie grave, sans pour autant évoquer le cancer. " Il est important de pouvoir agir autour des émotions , poursuit cette " maman-auteure un peu par hasard ", "je pense que ce livre peut représenter une grande aide pour les familles à un moment où l’on n’a pas nécessairement la tête à soigner son enfant comme il le mériterait ."

"La maladie, la mort ? Des livres pour le dire" était le thème d’un colloque, organisé mercredi dernier au siège de la Mutualité socialiste, à l’initiative de l’association Cancer et psychologie, l’organisation de jeunesse Latitude Junior, et la Maison de la littérature et de la jeunesse Le Wolf. Destinée aux enfants, aux parents et aux professionnels de la santé, cette après-midi fut notamment l’occasion de présenter trois ouvrages abordant ces thèmes, d’en faire la lecture et d’organiser, dans la foulée, des ateliers pour les enfants (voir par ailleurs). Ce fut également, pour l’ASBL Cancer et psychologie, l’occasion de partager son expérience de plus de dix ans dans l’accompagnement d’enfants confrontés à la maladie grave, en milieu hospitalier, ou dans les "espaces papillons", un joli nom pour des ateliers pour enfants en deuil.

"L’enfant comprend le concept de la mort à partir de 7-8 ans. S’il n’en est pas réellement conscience en tant que phénomène irréversible, il est en revanche très conscient de la séparation que cela représente. C’est pourquoi il est important de ne pas lui dire des phrases comme "il est parti au ciel ou en voyage", ce qui laisse supposer un possible retour. Il est essentiel de nommer les choses", explique Martine Hennuy, psychothérapeute et coauteure.

"Nous avons constaté qu’il y avait une grande demande de la part des enfants autour de cette question de la mort et pas énormément d’outils pour y répondre", explique pour sa part Sophie Buyse, également coauteure et psychothérapeute auprès de l’ASBL, qui s’est dès lors intéressée au sujet, "ces ateliers sont une manière d’humaniser l’hôpital. Les enfants rencontrent d’autres enfants ayant des parents dans la même situation qu’eux". Car le malade n’est pas qu’un patient à soigner, il reste avant tout un parent.

"La mort est un thème qui reste fort peu abordé dans la littérature pour enfants, poursuit la psychothérapeute, nous avons choisi de ne pas apporter des réponses toutes faites mais bien de concevoir des outils destinés à aider l’enfant à lui-même élaborer ses propres réponses. C’est une invitation à l’expression des enfants. Nous proposons par exemple d’introduire des rituels. Ces ouvrages que nous avons voulu très interactifs sont des supports pour échanger dans la famille, pour relancer la communication à un moment où l’on est particulièrement fragilisé. Les enfants ont beaucoup à dire lorsque l’on peut prendre le temps de les écouter. En posant des questions, ils protègent d’une certaine façon les parents."

De très précieux outils pour les enfants et les parents, bien sûr, mais également pour les enseignants, souvent démunis dans pareilles situations qui n’arrivent pas qu’aux autres