Suspecté depuis plusieurs années déjà et largement évoqué dans des études scientifiques, le lien entre l’exposition - a fortiori professionnelle - aux pesticides et l’apparition de la maladie de Parkinson vient d’être officiellement reconnu, en France. Lundi dernier, en effet, est entré en vigueur sur le territoire français un décret reconnaissant cette pathologie neurodégénérative comme maladie professionnelle chez les agriculteurs. Une victoire pour celles et ceux qui se félicitent de voir, enfin, "émerger la prise de conscience des effets des produits phytosanitaires sur la santé des agriculteurs".

Enfin, car il aura fallu plusieurs travaux scientifiques et des procès intentés (et gagnés) aux firmes par des particuliers pour que finalement aboutisse cette décision. Ainsi, en février dernier, un céréaliculteur charentais avait-il attaqué en justice le géant Monsanto, jugé responsable des intoxications par les vapeurs de l’un de ses herbicides. En l’occurrence le Lasso, retiré du marché en 2007 en France, alors qu’on le savait dangereux depuis plus de 20 ans

Entre autres études, on se souviendra de celle de chercheurs israéliens qui, il y a plus de deux ans (LLB du 16 février 2010) avait établi ce lien de causalité. Dans une localité au nord de Tel Aviv, ils avaient observé un taux de maladies de Parkinson (75 cas pour 100 000 habitants) deux fois plus élevé que la moyenne des localités arabes voisines. Un responsable de la recherche avait alors estimé que cette prévalence s’expliquait par la présence massive de pesticides dispersés notamment par des avions dans les champs environnants. "Il a été prouvé que l’inhalation de pesticides affecte la production de dopamine, un neurotransmetteur dont la déficience dans le cerveau est la cause de la maladie de Parkinson", précisait le scientifique.

Alors que des chercheurs de l’Inserm, en France, avaient établi un lien en 2009 entre l’exposition à certains insecticides et la maladie, en février 2011, une étude conduite par les Instituts nationaux de la santé aux Etats-Unis mettait aussi en cause deux pesticides, la roténone et le paraquat. D’après ces chercheurs, les personnes exposées à ces substances présentent deux fois et demi plus de risques de développer la maladie.

Suite à ce faisceau d’informations plaidant en faveur d’un lien de causalité, la députée fédérale Marie-Martine Schyns (CDH) a annoncé qu’elle préparait une proposition de loi visant à créer un fonds spécifique destiné à dédommager les personnes ayant développé la maladie de Parkinson en raison de l’usage des pesticides. Au cabinet du ministre Philippe Courard (PS), notamment en charge des maladies professionnelles, il nous a été répondu que, "en Belgique, le Fonds des maladies professionnelles concerne les travailleurs salariés. Or, les agriculteurs sont généralement indépendants Il n’y a donc pour l’instant pas de demandes en ce sens auprès du Fonds".

Et si des demandes se faisaient jour ? "Elles pourraient clairement être analysées et entrer dans le cadre des maladies professionnelles." D’ailleurs, ce lundi vient de partir un courrier priant le Fonds des maladies professionnelles d’évaluer le lien de cause à effet entre pesticides et maladie de Parkinson.

Quant à savoir si un Fonds pourrait être créé en Belgique, "cela peut s’envisager, nous a encore répondu la porte-parole, Fabienne Defrance . Tout comme cela s’est fait pour le Fonds amiante alors qu’il y avait des victimes autres - notamment environnementales - que des salariés. Il y a cependant des préalables : il faut d’abord qu’un comité scientifique se prononce sur le lien de cause à effet entre l’exposition et la maladie, quitte à ce que cela soit observé sur des cas à l’étranger. Il faut en outre que les agriculteurs acceptent de cotiser pour ce genre de risque. Par ailleurs, nous souhaitons insister sur l’importance de la prévention. Nous plaidons pour que soient organisées des formations aux agriculteurs qui donneraient droit à un agrément".