Il y a environ un an, la France reconnaissait la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle chez les agriculteurs, en raison de leur exposition aux pesticides. En Belgique, le ministre Courard avait donc demandé au Fonds des maladies professionnelles de se pencher sur la question. Celui-ci a mandaté sa commission agents chimiques de déterminer dans quelle mesure on pouvait reconnaître la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle suite à l’exposition aux pesticides.

La maladie de Parkinson est une maladie chronique dégénérative, qui affecte les neurones et est responsable de troubles moteurs. La définition des maladies professionnelles ? Des maladies causées de façon directe et déterminante par l’exercice d’une profession.

La mission de la commission était complexe et a duré un an. Un des aspects les plus importants était de déterminer si on pouvait établir un lien de cause à effet entre la maladie de Parkinson et l’exposition aux pesticides, ce qui est indispensable pour reconnaître une maladie professionnelle, et donc indemniser les malades. Les résultats de ce rapport ont été présentés mardi soir au comité scientifique du Fonds. Celui-ci a suivi l’avis de la commission et l’a entériné.

D’un point de vue scientifique, il indique qu’il ne faut pas reconnaître la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle. “Sur la base des données scientifiques actuellement disponibles, la relation causale entre l’exposition professionnelle aux pesticides et la maladie de Parkinson ne peut actuellement être établie”, estime le comité scientifique. La commission a notamment analysé tant des études épidémiologiques, qui sont susceptibles d'objectiver une association entre deux éléments, que des études expérimentales, qui cherchent à établir un lien de causalité, disponibles sur le sujet.

“Des études expérimentales et épidémiologiques suggèrent l’hypothèse d’une association entre l’exposition aux pesticides et le syndrome de Parkinson, voire la maladie de Parkinson. Mais ces études comportent des faiblesses et des lacunes. Une relation causale ne peut donc actuellement être établie”, affirme le Pr Perrine Hoet, toxicologue et responsable de la commission agents chimiques.

Exemples : Par exemple, certaines études se contentent de poser la question “avez-vous été exposé aux pesticides?”, d’autres utilisent le métier d’agriculteurs comme substitut d’exposition aux pesticides. “Or les agriculteurs peuvent être exposés à d’autres agents.”

D’autre part, le diagnostic de maladie de Parkinson, qui n’est pas si évident, est parfois posé simplement sur la base de deux questions “Avez-vous les mains qui tremblent? Souffrez-vous de raideur?. D’autres études ne distinguent pas les populations utilisatrices de pesticides des populations non professionnellement exposées.

De manière générale, poursuit la scientifique, “les pesticides sont constitués de classes chimiques très différentes les unes des autres et considérer qu’elles aient toutes la même toxicité est peu défendable.” Cela dit, la commission et le comité scientifique nuancent : “étant donné qu’il y a une suspicion, on préconise d’encourager en milieu agricole et horticole les méthodes préventives généralement recommandées dans le cadre de l’utilisation de ces produits (formation à l’utilisation, masques, gants...). C’est l’application du principe de précaution. On a des soupçons, donc on ne peut pas attendre pour appliquer le principe de précaution. Mais rien ne confirme ce soupçon, donc on ne peut pas admettre le lien de cause à effet.”

Un lien de cause à effet est-il vraiment nécessaire pour reconnaître une maladie professionnelle ? “Je le crois. Il y a encore trop d’inconnues, et de plus la prévalence de la maladie de Parkinson est élevée (c’est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer)”.

Le comité souligne en effet que l’origine de la maladie de Parkinson reste mal connue et qu’elle est vraisemblablement multifactorielle, associant des facteurs génétiques et environnementaux. L’idéal serait évidemment de poursuivre la recherche sur le sujet, admet la scientifique. Mais quand on connaît les budgets recherche... A noter aussi que l’avis du comité scientifique n’est officiellement que consultatif. Mais, selon nos informations, il serait très peu probable que le comité de gestion du Fonds ait contre cet avis et choisisse d’indemniser les malades.