Vigilance ! Tel est le mot d’ordre lancé par le Conseil supérieur de la santé (CSS) à l’égard de la consommation essentiellement chez les jeunes des boissons dites "énergisantes". A base de différents composants stimulants (caféine, taurine, D-glucuronolactone) combinés à des quantités exagérées de vitamines du groupe B et des extraits végétaux, ces breuvages sont censés apporter un regain d’énergie et stimuler sur le plan physique et/ou mental. Tolérées dans de nombreux pays, les boissons énergisantes occupent depuis une vingtaine d’années une part sans cesse croissante de marché.

Or, si les autorités européennes se sont voulues plutôt rassurantes dans leur communication début 2009, plus d’une fois la question de leur danger potentiel pour la santé a été abordée. C’est à nouveau le cas, cette fois, avec le CSS qui entend attirer l’attention sur les effets pervers et risques potentiels associés à une consommation fréquente ou importante.

Alors quels sont-ils au juste ? Il y a d’abord le fait que ces boissons contribuent à une surconsommation accrue de caféine, responsable de manifestations de surexposition (agitation, nervosité, irritabilité, anxiété, maux de tête ). Ce à quoi Red Bull rétorque qu’une canette de 250 ml contient environ la même quantité de caféine, soit environ 80 mg, qu’une tasse de café ou de thé.

Un autre aspect évoqué par le CSS concerne la possibilité d’induction d’une dépendance à la caféine voire ensuite à d’autres substances (nicotine, alcool et/ou cannabis) liée à l’usage excessif de boissons énergisantes. "S’il est à noter que ce risque est également présent pour d’autres boissons riches en caféine, il s’avère que les boissons énergisantes accroissent potentiellement ce risque en raison de leur mode de présentation pour le moins attirant et de la manière plutôt agressive dont elles sont promotionnées auprès d’une population jeune, inexpérimentée et/ou peu habituée à la caféine", souligne le CSS, qui rappelle en outre que des incertitudes subsistent quant aux conséquences possibles des interactions entre les différents composants de ces boissons, particulièrement chez des sujets pratiquant une activité physique intense.

Enfin, la tendance de plus en plus marquée d’associer la consommation de ces boissons énergisantes aux boissons alcoolisées est particulièrement préoccupante, selon le CSS, dans la mesure où, dans ce cas, elle réduit les signes d’intoxication alcoolique et altère la prise de conscience d’un état d’ébriété.

Pour toutes ces raisons, en l’absence d’une approche unifiée et souhaitée de ce type de boissons au niveau européen, le Conseil supérieur de la Santé réaffirme ses réserves à leur égard et recommande notamment de : limiter leur consommation, en fréquence et en quantité (en ne dépassant pas un apport journalier total en caféine équivalent à 400 mg, voire même à 300 mg); ne pas les consommer en association avec des boissons alcoolisées ou en cas de pratique intense d’une activité physique; déconseiller leur consommation aux femmes enceintes et allaitantes, aux enfants (jusqu’à 16 ans) et aux sujets sensibles à la caféine.

Les autorités sanitaires, quant à elles, ont été invitées à diffuser, auprès du public cible de ces boissons, les informations et mises en garde appropriées.

La diffusion de cette communication du CSS n’a pas manqué de faire réagir la société Red Bull, rappelant que ladite boisson énergisante est disponible dans 150 pays "parce que les autorités sanitaires à travers le monde ont conclu que Red Bull Energy Drink peut être consommé en toute sécurité". Et de signaler au passage que, rien qu’au cours de l’année dernière, quatre milliards de bouteilles et de cannettes ont été consommées sur la planète.