Jean-Claude Mas et quatre de ses associés sur le banc des prévenus du tribunal correctionnel de Marseille : à partir de ce midi, et jusqu’à la mi-mai. In extremis, ce premier procès de l’entreprise varoise Poly implant prothèse (PIP) pourrait être reporté, la Cour de cassation statuant, ce matin, sur un ultime pourvoi : une requête en suspicion légitime. Il n’empêche, même s’il subit un faux départ ce mercredi, il fera du bruit, ce rendez-vous de la société PIP avec la Justice.

400 000 femmes concernées

Le dossier, en effet, est énorme. Avec l’affaire du médicament Mediator, c’est le plus gros scandale sanitaire qu’a connu l’Hexagone, ces dix dernières années : 30 000 Françaises, ex-clientes de PIP, sont concernées. L’affaire, d’ailleurs, a une portée internationale, puisqu’on estime entre 300 000 et 400 000 le nombre de femmes qui, dans le monde, portent des implants PIP.

Illustration de la démesure du scandale : les victimes parties civiles sont si nombreuses à vouloir assister au procès qu’il a dû être délocalisé, dans l’immense Palais des expositions de Marseille (dont coût : 800 000 euros, pour le ministère de la Justice). Pendant un mois, d’ailleurs, les magistrats ne jugeront qu’un seul volet du scandale.

Celui relatif à une tromperie aggravée présumée. PIP, en effet, a rempli ses implants mammaires défectueux, non avec du silicone à usage médical, mais avec un gel industriel, moins cher. Ses dirigeants sont donc passibles de cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende. Ce n’est que dans un deuxième temps que la justice examinera les autres charges pesant sur Jean-Claude Mas et consorts. A savoir, des présomptions de blessures involontaires et de malversations financières (abus de biens sociaux, banqueroute frauduleuse, etc.).

21 % des implants enlevés étaient, de fait, défectueux

Pour ce qui concerne l’escroquerie, Jean-Claude Mas ne nie pas. Lors d’une de ses auditions, pendant l’instruction - au cours de laquelle il fit sept mois de prison - il reconnut, sur procès-verbal, avoir "sciemment utilisé un gel non autorisé". Mais minimisa toujours son acte. En estimant que, par nature, "toute implantation de matières dans le corps humain entraîne des risques, toujours". Et en soutenant que, médicalement, ce gel industriel donnait "entière satisfaction".

Faux : il a causé fièvres, inflammations et douleurs à de nombreuses porteuses. Et y compris 64 cas de cancer du sein ont été diagnostiqués, sans toutefois que l’on puisse relier ces tumeurs aux implants. Fin 2011, les autorités sanitaires françaises en arrivèrent à recommander à toutes les porteuses de subir une explantation, à titre préventif. Au total, près de 15 000 porteuses en France subirent cette intervention. Des dysfonctionnements ou effets indésirables de ces prothèses ont été constatés dans 21 % de ces cas.

Les victimes réclament, outre une condamnation pénale, de gros dédommagements. Elles qui, sauf quand elles avaient été implantées pour un motif médical (reconstruction mammaire après un cancer du sein, etc.) ont dû prendre à leurs charges une grosse part de ces nouveaux frais chirurgicaux.

Mais la société PIP, jadis le quatrième fabriquant mondial d’implants mammaires, a été placée en liquidation judiciaire, en 2010. Et Jean-Claude Mas lui-même est considéré comme insolvable.