Eliud Kipchoge, qui a franchi ce week-end la barre mythique des deux heures au marathon, a reçu pour ce faire un petit coup de pouce d’un chercheur de la KULeuven. Le Kenyan a couru les 42 km et 195 mètres en 1 heure 59 et 40 secondes. La course était non officielle et taillée sur mesure pour permettre cet exploit, une première. Parmi les mesures prises ? Celles conseillées par des scientifiques américains et belges, spécialistes de l’aérodynamique.


“Dans les courses longue distance, l’aérodynamique joue un rôle important, explique la KULeuven. Les lièvres (NdlR, des sportifs qui courent en compagnie du favori) ne servent pas juste à imposer le rythme de la course, mais protègent aussi les favoris du vent. Un seul lièvre peut réduire la résistance à l’air de 50 % pour les coureurs. La formation dans laquelle les lièvres courent détermine la réduction totale de la résistance à l’air atteinte.”

Modèle aérodynamique optimal

Lors d’une précédente tentative (ratée) de Kipchoge à Monza en 2017, les lièvres avaient couru en triangle devant l’athlète, ce qui a réduit la résistance à l’air de 70 %. Pour la réduire davantage lors de cette nouvelle tentative, plus de cent formations ont été analysées via des simulations numériques, par un spécialiste américain, puis par le Pr Bert Blocken, de la KULeuven. Les meilleures formations ont ensuite été testées en soufflerie. Le modèle optimal ? Contre toute attente, le “V inversé”, avec 5 à 7 lièvres en entonnoir devant l’athlète et 2 à 3 derrière, avec une résistance à l’air réduite de 85 %.

C’est contre-intuitif, mais logique, selon Bert Blocken : “Les lièvres doivent faire face à une plus haute résistance à l’air en raison de la résistance à l’écoulement  de l’entonnoir, ce qui garde Kipchoge à l’abri du vent. En cyclisme, la tête du peloton adopte typiquement une formation en triangle. C'est une bonne formation pour réduire la résistance à l'air de chaque membre du groupe. Mais ici, seul Kipchoge devait être protégé. Dans ce cas, le V inversé est donc plus indiqué." Pour cette course spéciale, les distances entre les lièvres, ainsi qu'entre ceux-ci et l'athlète ont aussi été étudiées.

Mais rien en fait n’a été laissé au hasard durant la course : un parcours asphalté sans imperfection, une piste testée grâce à des simulations, un moment choisi en fonction de la météo. Même la chute automnale des feuilles était contrôlée de près…