Futurs - ou aspirants - mathématiciens, physiciens, chimistes ou biologistes… Dans l’auditoire Forum A du Campus de la Plaine à l’Université libre de Bruxelles, les étudiants en première année de baccalauréat vivent l’un de leurs premiers cours en Faculté de sciences. Ils font partie de ces étudiants qui viennent - contre toute attente - contribuer à hausser les statistiques d’inscriptions en sciences dures, pour cette rentrée académique 2013-2014. Leurs motivations sont diverses. Premier décryptage, non exhaustif.

Les capacités naturelles

Pourquoi étudier les sciences ? Parmi les premiers bacs, une justification revient en priorité : parce qu’on est capable de le faire. "J’avais assez facile en sciences en secondaire", dit Laetitia. "Je me suis inscrite ici, parce que je ne savais pas quoi faire d’autre, avoue tout de go Ana, 18 ans, qui a choisi d’étudier les mathématiques. J’étais bonne en secondaire en maths, alors j’ai décidé de continuer à l’Université…" C’est un peu la même chose pour Nathan, 22 ans, qui se destine à être chimiste. "Ça m’a semblé naturel, car j’en avais les capacités. Ce sont des choses très logiques, très rationnelles. J’ai d’abord fait l’architecture, mais ce n’était pas assez rationnel pour moi !"

Un seul rêve en tête

Certains, en commençant, pensent déjà à un futur métier très précis, et rêvent d’approfondir un domaine en particulier, en menant des recherches, comme le remarque souvent Francesco Lo Bue, physicien à l’UMons, et directeur de Carré des Sciences, qui promotionne la science. Cela peut être l’astrophysique, la physique des particules… Laëtitia, 18 ans, rêve de travailler comme chercheuse dans un laboratoire de criminalistique. "Comme dans la série "Les Experts", que j’ai vue à la télé." Pour atteindre son but, elle étudiera donc la chimie.

Le goût, voire la passion

"Moi, ce qui m’a amenée ici, c’est clairement la passion, affirme Emilie, étudiante en biologie. Je fais de la plongée sous-marine, et pour moi, la bio, c’est comprendre un milieu qui me passionne." "J’ai la passion des sciences, depuis mon enfance, renchérit Lianna, 19 ans, qui vit sa première semaine en faculté de sciences. J’aime la chimie, la physique, les mathématiques… Pourquoi ? C’est difficile à dire. Je crois que c’est le fait qu’il faut réfléchir un peu, faire des exercices… C’est chaque fois un challenge, un défi…" Ce qu’ils aiment notamment dans les sciences ? Elles permettent de comprendre leur environnement. "Les options scientifiques permettent de comprendre le monde qui nous entoure… La technologie faire partie de notre vie. Sans les sciences, on utiliserait des objets sans connaître leur fonctionnement, argumente Cindy, 18 ans. "Les sciences nous donnent une vision du monde plus juste, complète Amaury, 19 ans. Les maths et la physique, c’est aussi très concret. Avec une formule, il y a toujours moyen de démontrer une vérité."

Les débouchés, en période de crise

Juste après le goût, viennent les opportunités de carrière. C’est un emploi quasi assuré qui les attend à la sortie, avec souvent un bon salaire. Et cela fait partie de la motivation, à des degrés divers. "Bien sûr que c’est important, surtout dans le contexte actuel de crise. On sait que l’on trouvera du travail assez facilement, assure Amaury. "Moi, si ma mère m’avait dit "ne te lance pas là-dedans, tu ne te débrouilleras pas financièrement", j’aurais peut-être fait autre chose, ajoute Emilie. "Les débouchés, à la fin, c’est un bonus, estime Cindy. "Le salaire futur, ça compte comme motivation pour tous les étudiants, décrète Maxence, inscrit en chimie. "Avoir un bon petit salaire net, c’est important, confirme Estelle, 21 ans, en 1re bio. Dans le futur, je ne veux pas voir de soucis financiers. Et ces études vont m’y aider."

Sauver le monde

Les étudiants qui s’inscrivent en sciences sont aussi sensibilisés aux défis environnementaux (énergétiques, climatiques…) dont on parle de plus en plus. "Et ils sont convaincus qu’une des voies de solution est la science", estime Francesco Lo Bue. Les étudiants l’avouent eux-mêmes. "Moi je suis intéressé par le nucléaire, explique Maxence en BAC1 de sciences. J’ai toujours été intéressé par le fonctionnement des centrales. Et je voudrais travailler au problème des déchets nucléaires. Parce qu’ils seront toujours là dans très longtemps, et on ne sait pas encore vraiment quoi faire avec…" Ces futurs scientifiques disent ne pas avoir été "influencés" par les campagnes de promotion du type "printemps des sciences". Mais ils n’ont en tout cas pas peur des difficultés. Même s’ils sont lucides sur la somme de travail. "On a vu la taille des livres, ça fait peur". "Mais quand on a la motivation…" Reste que tous ces inscrits ne réussiront pas, on le sait, rappelle Christian Michaux, doyen de la faculté des sciences à Mons. "Dans les inscriptions dans une discipline à l’Université joue aussi parfois l’effet de groupe, au sein d’une même classe secondaire. Et tous ceux qui s’inscrivent dans cette discipline n’ont pas forcément les mêmes compétences…"