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Sciences & Espace

Proba 2 veut se faire sa place au Soleil

Gilles Toussaint

Publié le - Mis à jour le

La nuit de dimanche à lundi sera sans doute très courte pour un certain nombre d’acteurs du petit monde spatial belge. Si tout se déroule comme prévu, il sera 2h50 précisément quand un lanceur russe Rockot s’arrachera de son pas de tir depuis le cosmodrome de Plessetsk. Rien que de très banal jusque-là, si ce n’est que celui-ci emmène dans ses valises le deuxième satellite "made in Belgium".

Baptisé Proba 2, cet engin financé par la Politique scientifique fédérale a été conçu dans le cadre d’un programme de l’Agence spatiale européenne visant à tester à petite échelle, et donc à moindres coûts, l’opérationnalité de nouveaux concepts technologiques. C’est que le Proba (ou Project for on board autonomy, si vous préférez) n’est pas un un satellite tout à fait comme les autres. "En général, la moindre petite manœuvre d’un satellite est gérée par un opérateur depuis un centre de contrôle au sol. Proba pour sa part est un peu différent. On lui envoie une indication du genre "oriente-toi vers le Soleil " depuis le centre d’opérations de Redu et c’est son ordinateur de bord qui va faire les calculs nécessaires et activer la manœuvre en toute autonomie. C’est en quelque sorte un satellite avec son propre cerveau, ce qui permet de diminuer les coûts puisqu’il ne faut pas mobiliser une personne pour surveiller la manœuvre étape par étape, jour et nuit", commente David Berghmans, chercheur à l’Observatoire royal de Belgique (ORB) et "principal investigator" (PI) de l’un des deux instruments scientifiques installés à bord de Proba 2.

Réalisé par la firme flamande Verhaert, ce microsatellite - 120 kg et le volume d’une machine à lessiver - ne se contentera en effet pas d’une simple promenade autour de la Terre. Il embarque à son bord un équipement qui en fera un petit observatoire solaire en apesanteur. Le "Swap", devéloppé par le Centre spatial de Liège, est un télescope explorant le rayonnement ultraviolet extrême ; tandis que le radiomètre "Lyra", destiné à mesurer la brillance de notre étoile dans l’ultraviolet lointain, est le "bébé" d’une équipe scientifique de l’ORB. Pour être complet, précisons que plusieurs partenaires internationaux (en particulier de Suisse, mais aussi d’Allemagne, de France, du Japon, de Russie et des Etats-Unis) ont également collaboré à ce projet.

Deux outils de pointe, donc, qui possèdent eux aussi leur lot de nouveautés technologiques. "Lyra est équipé de nouveaux types de détecteurs fabriqués en diamant. Ce matériau présente des propriétés particulières qui limitent la quantité de filtres utilisés pour sélectionner la gamme de rayonnement UV que nous voulons observer. Grâce au diamant, nous devrions avoir une vision très durable et précise de ce rayonnement. Cela répond au besoin de certaines recherches spécifiques en physique solaire. Cela n’a encore jamais été réalisé et nous espérons voir des choses que personne n’a jamais vues", souligne Marie Dominique, chercheuse à l’ORB. Cette mission sera en quelque sorte l’épreuve de vérité pour cette nouvelle technique. "L’occasion de voir si ces nouveaux détecteurs et les autres éléments optiques vont bien fonctionner en conditions spatiales réelles", ajoute le PI et concepteur de Lyra, Jean-François Hochedez.

Quant aux raisons de décortiquer de la sorte le rayonnement solaire, elles sont multiples, rappellent les scientifiques. L’énergie et les particules expulsées dans l’espace, qui donnent notamment naissance aux aurores boréales, peuvent aussi contribuer à une expansion ou une contraction de l’atmosphère terrestre, avec des répercussions sur les satellites en orbite basse. Une influence qui peut aussi perturber les systèmes de télécommunication (en particulier les communications radios longue distance), les réseaux électriques, la couche d’ozone ou encore la précision des instruments GPS. Certaines recherches étudient également le lien potentiel entre les tempêtes solaires et l’infarctus du myocarde. L’Observatoire royal émet d’ailleurs quotidiennement des bulletins de météo spatiale afin d’informer le public des modifications attendues de l’activité solaire. Un thème qui sera au cœur de nombreux débats lors de la 6e édition de l’European Space Weather Week qui se tiendra à Bruges du 16 au 20 novembre prochains.

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