À MONTRÉAL

Bien au-delà d'un de ces éphémères phénomènes de mode, les probiotiques sont en fait aussi `vieux´ que l'histoire de la microbiologie. `Ce sont les premières observations d'Elie Metchnikoff qui ont donné le coup d'envoi aux études des effets bénéfiques des ferments lactiques chez l'homme et l'animal, explique à ce propos Annick Mercenier, du département de microbiologie des écosystèmes, à l'Institut Pasteur de Lille. Il y a, en effet, près d'un siècle, le lauréat du prix Nobel avait émis l'hypothèse que les paysans bulgares devaient leur remarquable longévité à leur forte consommation de produits laitiers fermentés. Il pensait que les bacilles de la fermentation (Lactobacillus) ainsi ingérés exerçaient une influence bénéfique sur la microflore intestinale dans la mesure où ils ralentissaient localement le processus de `putréfaction´ et diminuaient la toxicité de la microflore endogène. Loin d'avoir nécessairement une action néfaste chez l'homme, les bactéries pouvaient, au contraire, affirmait cet auteur, contribuer à son bien-être. Et il fut ainsi le premier à préconiser l'ingestion de cultures vivantes de micro-organismes bénéfiques, en l'occurrence les ferments lactiques précisément.´

De cette théorie à la naissance du concept, il y eut un long chemin avant qu'apparaissent, par opposition aux antibiotiques, les `probiotiques´, définis en 1989 par Fuller comme des `suppléments nutritionnels composés de micro-organismes vivants qui exercent une action bénéfique sur l'hôte qui l'ingère dans la mesure où il améliore l'équilibre de sa flore intestinale microbienne´.

Quant aux `prébiotiques´, également créditées d'effets positifs sur la santé humaine, ils sont définis selon Gibson et Roberfroid comme `des composants alimentaires non digestibles qui ont une action favorable sur l'hôte en stimulant de façon sélective la croissance et/ou l'activité d'un nombre limité de bactéries intestinales et en provoquant ainsi une amélioration de la santé de l'hôte´.

Produits et promesses

Si la recherche n'en est encore qu'à ses balbutiements, la `symbiotique´, qui concerne la relation synergique existant entre ces deux groupes (prébiotiques et probiotiques) paraît une voie d'avenir prometteuse, selon les spécialistes réunis lors du symposium international intitulé `La santé par les probiotiques: perspectives biofonctionnelles´, qui s'est tenu la semaine dernière à Montréal.

L'occasion pour les scientifiques de faire le point sur l'état actuel de la recherche sur les probiotiques, au centre d'une dizaine de projets soutenus par la Commission européenne. Preuve que l'on fonde de grands espoirs en ces agents d'ores et déjà utilisés par plusieurs gastro-entérologues dans leur pratique quotidienne et dont les produits sont prisés depuis plus de 65 ans sur le marché japonais, en Asie de façon générale, où les petites `potions magiques´ de type Yakult font partie du quotidien.

© La Libre Belgique 2002