Placardées il y a quelques semaines dans les services pédiatriques de plusieurs hôpitaux de Flandre, des affiches rappelant aux parents les dangers du GSM pour les enfants n'ont guère tenu plus de 48 heures, comme on nous l'a expliqué à l'AZ VUB. Sans doute faut-il y voir la preuve que les parents ont été réellement interpellés par l'initiative en question. Baptisé "Limitez les radiations", un groupe d'action a lancé une pétition, déjà signée par plusieurs dizaines de pédiatres flamands, visant à obtenir une interdiction de l'utilisation du GSM pour les moins de 16 ans.

Le danger des ondes pulsées

Pour appuyer leur action, les organisateurs font référence à plusieurs études mettant en évidences les dangers des téléphones portables, mais aussi du Wi-Fi et des baby-phones sans fil. D'après celles-ci, "les technologies sans fil sont particulièrement nocives, du fait notamment qu'il s'agit d'ondes pulsées, c'est-à-dire modulées par des impulsions en basses fréquences. A de très faibles niveaux d'exposition, les rayonnements micro-ondes entraînent des troubles neuro-endocrino-immunitaires. A cela, il faut ajouter des effets promoteurs ou copromoteurs de cancers (leucémies, tumeurs au cerveau...), des dommages génétiques, des difficultés de concentration, des douleurs articulaires, des insomnies, des problèmes psychovégétatifs, une baisse de la fertilité, une altération des capacités cognitives, des dommages neuronaux et une modification de la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau contre les toxines et les substances toxiques nocives...."

De surcroît, "les jeunes qui utilisent un GSM en font souvent un hobby alors que leur cerveau est en plein développement", souligne le Dr Michèle Verboven, de l'AZ VUB, co-organisatrice de cette action et intimement convaincue que le GSM comporte d'importants risques pour la santé des enfants.

A l'intar de son confrère Jan Allein, pédiatre, qui estime que "le GSM n'est pas un jouet" et que "les autorités manquent de clarté vis-à-vis des parents sur les dangers que la téléphonie mobile représente pour leur progéniture".

Sans se prétendre spécialiste de la question le Pr Didier Moulin, chef du service de pédiatrie générale aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, se veut nettement moins alarmiste. Pour avoir consulté la littérature scientifique à ce sujet, il nous dit ne pas avoir trouvé d'étude réellement convaincante, permettant, à l'heure actuelle, de s'inquiéter quant aux dangers éventuels pour le développement cérébral de l'enfant, liés au GSM. "Dans les études que j'ai pu consulter, il y a beaucoup d'hypothèses et d'empirisme, mais peu de bases scientifiques. On compare des animaux mis en situations tout à fait particulières à des enfants... A l'heure actuelle, pour se prononcer avec certitude sur la question, il me semble qu'il manque de données scientifiques. Il faut se méfier d'alerter les gens sur de fausses présomptions."

Problème d'ordre éducatif

Pour ce pédiatre, si problème il y a quant à l'utilisation du GSM chez l'enfant, il est d'un autre ordre. "Ici, on parle de lésions au niveau de l'oreille, voire du cerveau. En ce qui me concerne, je pense qu'en confiant un GSM à un jeune enfant, on lui donne certaines responsabilités qui ne sont pas tout à fait de son âge. A ce niveau, je pense que l'on ne mesure pas encore tous les risques de ces instruments mis entre les mains de jeunes enfants. Et, jusqu'à preuve du contraire, je crains que les dangers soient moins d'ordre physique, comme décrits de façon alarmiste dans certaines études, que psychologique ou éducatif. Sur le plan du conditionnement aussi, on crée une génération d'enfants qui jouent avec des messages, qui parlent en langage codé, qui, dans les relations interpersonnelles, suppriment toutes sortes de préséances."