entretien

Un enfant rit 300 à 400 fois par jour. Un adulte ? Seize fois, en moyenne.

Pour ceux qui voudraient retrouver l'âme d'enfant qu'ils ont perdue, ou tout simplement réapprendre à rire, il existe des ateliers du rire, comme nous l'explique un formateur, Jean-Claude Spies, vice-président des clubs du rire de Belgique (voir ci-dessous).

Rit-on moins qu'avant ?

Oui, certainement. On riait beaucoup plus avant-guerre, parce que les gens passaient des soirées ensemble. Ils jouaient aux cartes, racontaient des blagues... Aujourd'hui, chacun est dans son coin, devant la télé. Il n'y a plus de communication, on ne prend même plus nécessairement les repas ensemble. Ces moments de franche rigolade ont bien souvent disparu. En plus, on n'ose plus rire comme avant. Il y a des endroits où il n'est pas bien vu de rire. Il y a aussi les tabous de la société.

Le rire est-il vital ?

C'est le propre de l'homme, ce qui nous différencie de l'animal.

Quel est le but des clubs du rire ?

Avant tout, dans les ateliers, on ne rit jamais de quelqu'un, on rit toujours avec quelqu'un. Il n'y a pas de rire moqueur, jaune, sarcastique. Ce n'est pas un rire intellectuel. Il n'est pas question de raconter des blagues. C'est un rire purement physique. On fait travailler le diaphragme et c'est cela qui nous secoue. On bouge, on court, on s'accroupit. On expérimente le rire debout, assis, couché... Toujours dans le but de retrouver cette faculté humaine.

Comment se passe un atelier ?

On commence par un petit échauffement afin de relâcher les tensions du cou, des épaules... C'est relativement physique. Puis, des séquences de rire, de 35 à 45 secondes, entrecoupées de séances d'inspiration et d'expiration, se succèdent. Le but du jeu est d'inspirer un maximum d'oxygène mais surtout d'expirer beaucoup de CO2, qui n'est jamais expiré à fond. Au début, on se force à rire, c'est un rire provoqué. Puis, le rire devenant contagieux, tout le monde se met à rire sans raison. En fin d'atelier, c'est le rire spontané, voire le fou rire qui prend le dessus. Le but est évidemment de reporter ce rire chez soi, dans le milieu professionnel, partout finalement. Plus on rira avec des gens, mieux on se portera dans la société.

Arrive-t-il que des personnes ne parviennent pas à se dérider dans les ateliers ?

C'est extrêmement rare. C'est arrivé avec l'une ou l'autre personne arrivée très déprimée. Mais en principe, ces séances sont une façon de sortir de la dépression.

Qu'est-ce qui déclenche le rire ?

Souvent un son provoqué par une personne du groupe ou alors une mimique, un regard. Il faut parfois réapprendre à regarder l'autre dans les yeux.

Quel est le public qui participe à ces ateliers ?

Un panel très mélangé : aussi bien des personnes analphabètes que des chercheurs d'université. Mais nous ne sommes pas des psys. Il ne s'agit pas de demander aux participants les raisons pour lesquelles ils viennent. Ils arrivent là souvent par curiosité, mais toujours intéressés par le fait de rire évidemment. Pour venir, il faut se mouiller. On ne se juge pas. On se respecte dans l'état dans lequel on est. Certains sont au sommet de la vague, d'autres au creux de la vague. Demain, ce sera peut-être différent.

Quels sont les bénéfices physiques ?

Le rire est un massage des organes internes. Aucun kiné ne masse le foie, la rate, les viscères... Le fait que tout soit brassé entraîne un meilleur transit intestinal. Le rire améliore aussi la circulation sanguine. En inspirant davantage d'oxygène, le cerveau va secréter plus d'endorphines, en l'occurrence notre antidouleur. Si l'on n'est pas thérapeute, les effets thérapeutiques bénéfiques existent. Et cela sans compter tous les bénéfices psychologiques et sociaux.