Le temps restait menaçant en Floride mais, à quelques heures du décollage prévu, la Nasa et SpaceX poursuivaient les préparatifs du vol inaugural de la capsule Crew Dragon avec deux astronautes, aube d'une nouvelle ère spatiale reposant sur le secteur privé.

Le patron de l'agence spatiale, Jim Bridenstine, a annoncé que le lancement restait prévu, après un examen des prévisions météorologiques qui donnent 60% de chances que la météo soit défavorable, avec des risques d'orages. La surveillance continue, un report est encore possible.

Les astronautes Doug Hurley et Bob Behnken ont remis leurs combinaisons spatiales blanches, entourés de techniciens masqués. Ils sont maintenant attachés dans leurs sièges à l'intérieur de la capsule, dont l'écoutille a été fermée quelques minutes en avance de l'horaire prévu.

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D'épais nuages dominent le centre spatial Kennedy sur la côte de Floride, et le Centre national des ouragans a annoncé la formation d'une tempête tropicale au large de la Caroline du Sud, plus au nord, ce qui pourrait représenter un risque pour les astronautes en cas d'amerrissage d'urgence dans l'Atlantique après le décollage.

Le décollage, auquel Donald Trump assistera en personne, peut être reporté jusqu'à trois quarts d'heure avant le décollage. La prochaine fenêtre possible est samedi.

Il est prévu à 16H33 (20H33 GMT) sur le pas de lancement numéro 39A d'où décollèrent Neil Armstrong et ses coéquipiers d'Apollo. Une fusée Falcon 9 de SpaceX, avec à son sommet la nouvelle capsule Crew Dragon, décollera en direction de la Station spatiale internationale (ISS).

Bob Behnken et Doug Hurley sont en quarantaine depuis deux semaines. Malgré le confinement, le vol a été maintenu.

Space Exploration Technologies Corp., fondée dans le but de casser les règles du jeu de l'industrie aérospatiale, a gagné pas à pas la confiance de la plus grande agence spatiale de la planète.

Elle était devenue en 2012 la première société privée à amarrer une capsule cargo à l'ISS, qu'elle ravitaille depuis régulièrement. Deux ans plus tard, la Nasa lui commandait la suite: y acheminer ses astronautes, dès "2017", en adaptant la capsule Dragon.

"Si cela se passe mal, ce sera de ma faute", a dit Elon Musk sur CBS.


L'agence spatiale a payé plus de trois milliards de dollars pour que SpaceX conçoive, construise, teste et opère sa capsule, réutilisable, pour six futurs allers-retours spatiaux. Le développement a connu des retards, des explosions, des problèmes de parachutes, mais SpaceX a battu le géant Boeing, également payé pour fabriquer une capsule (Starliner), toujours pas prête.

L'investissement, décidé pour le cargo sous la présidence Bush et pour les astronautes par Barack Obama, est jugé fructueux par rapport aux dizaines de milliards qu'ont coûtés les systèmes précédents développés par la Nasa.

"Certains ont dit que c'était infaisable ou imprudent de travailler avec le secteur privé de cette façon. Je ne suis pas d'accord", déclarait Barack Obama en 2010, ici même. L'hostilité au Congrès et à la Nasa, face aux prétentions de la start-up, était alors immense.

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Trump présent

Dix ans plus tard, c'est un autre président, Donald Trump, qui assistera au centre Kennedy à la consécration potentielle. Le républicain tente de réaffirmer la domination américaine de l'espace, militairement mais aussi en ayant ordonné un retour sur la Lune en 2024.

Crew Dragon est une capsule comme Apollo, mais version XXIe siècle. Des écrans tactiles ont remplacé boutons et manettes. L'intérieur est dominé par le blanc, l'éclairage plus subtil.

"C'est sûr que tous les pilotes du monde auront plus confiance si vous leur donnez un joystick que si vous leur donnez un iPad!", a plaisanté Thomas Pesquet, l'astronaute français qui pourrait être le premier Européen à voyager à bord du Dragon, en 2021.

Rien à voir avec les immenses navettes spatiales, immenses vaisseaux ailés qui ont servi de 1981 à 2011.

"On s'attend à un vol plus doux, mais plus bruyant", a dit Bob Behken qui, comme son coéquipier, a voyagé deux fois dans les "shuttles".

Contrairement aux navettes, dont une a explosé en 1986 après le décollage (Challenger), Dragon peut s'éjecter en urgence si la fusée a un problème.

Crew Dragon a pour mission de rattraper la station, à 400 kilomètres d'altitude, où elle pourrait rester amarrée jusqu'en août.

Si elle remplit sa mission et est certifiée sûre, les Américains ne dépendront plus des Russes pour accéder à l'espace: depuis 2011, les Soyouz étaient les seuls taxis spatiaux disponibles. Les acheminements depuis la Floride redeviendront réguliers, avec quatre astronautes à bord.

Et SpaceX sera libre d'organiser des voyages spatiaux pour touristes avec la capsule, moyennant un billet qui coûtera sans doute quelques dizaines de millions de dollars la place.