À l'entrée du cybercafé, on ne remarque pas directement cette salle arrière où l'on dénombre pas moins d'une trentaine d'ordinateurs reliés entre eux. D'abord, il faut passer à la caisse! Un employé plutôt sympathique nous accueille et explique le fonctionnement du cyber. Pour le prix assez démocratique d'1,50€ par heure, il est possible de surfer, de jouer ou encore de communiquer à travers le monde. Ensuite, à l'opposé du comptoir, on aperçoit derrière des vitres un coin assez calme et sérieux, où l'on peut travailler en toute tranquillité. Quelques personnes errent sur la Toile et sont imperturbables... Tout ce vacarme qui résonne dans l'arrière-salle ne leur fait apparemment ni chaud ni froid.

C'est là qu'on entre dans le vif du sujet. Cinq jeunes se marrent, s'esclaffent, crient, se taquinent tout en étant « skotchés ». Les paires d'yeux ne quittent pratiquement pas les écrans sauf pour observer celui du voisin. « Clic droit, clic gauche, clic droit, molette... ». Le bruit presque assourdissant des clics incessants des souris retentit dans tout le local. La lumière se reflète sur chacun des visages. Il est à peine 14h et il y a déjà cinq jeunes qui jouent ensemble. « Pour l'instant, je fais une pause au niveau des cours. En septembre, je vais commencer une formation de technicien de maintenance en informatique ». Johnny, 20 ans, connait tout le monde ici. Il vient passer la plupart de ses après-midi dans cet endroit.

«Je viens ici parce que j'aime retrouver mes amis, ça ne m'apporte rien à part le fait de les voir, il y a toujours une bonne ambiance. J'ai un ordinateur chez moi mais c'est plus agréable de se retrouver entre potes pour faire une petite partie, même si je ne viens pas spécialement pour jouer... D'ailleurs avec les autres, on sort souvent, on va boire un verre ou faire un billard. On ne reste pas seulement dans le cadre du cyber!»

Le temps passe et le jeu prend une ampleur importante. On ne comprend rien au charabia des joueurs qui lancent à tout va des «espèce de noob!» ou encore un «OMG, mais qu'est ce que tu fais?!». Des recherches sur les forums de jeux vidéo nous éclairent : «noob» désigne quelqu'un qui n'est pas très doué pour les jeux vidéo et qui fait n'importe quoi. «OMG», ce n'est rien de plus que l'abréviation de «Oh My God», qui peut exprimer un tas de choses différentes comme la joie, l'étonnement, le dégoût, cela dépend du contexte...

Johnny, le casque vissé sur les oreilles, à l'instar des autres «gamers», fait mine de parler tout seul. Mais lorsqu'on fait plus attention, on remarque qu'il parle bien entendu du jeu, mais également qu'il cite des noms de personnes qui sont absentes... On comprend après réflexion qu'il est sur un logiciel de conversation vocale et qu'il élabore avec ses camarades de jeux des stratégies comprenant mages, elfes et toute la panoplie moyenâgeuse. Les autres ne manquent bien sûr pas une petite boutade «Hey Johnny, tu parles tout seul?». Mais Johnny, trop absorbé, ne prête pas attention à ces plaisanteries.

Après une heure de jeu ininterrompue, ils commencent à être las et un des jeunes propose une partie de «kicker» (baby-foot). A quatre, ils se lancent alors dans un jeu qui semble plus convivial, beaucoup plus réaliste et qui les amuse tout autant... Mais personne ne sait vraiment ce qu'ils préfèrent, le réel ou le virtuel?