Les experts de la lutte contre le paludisme en Afrique ont accueilli avec intérêt mais prudence l'annonce mardi de la possible mise sur le marché d'ici 2015 d'un vaccin qui pourrait éviter des centaines de milliers de morts chaque année sur le continent.

Avec plus de 660.000 morts par an, essentiellement des enfants de moins de 5 ans, le paludisme --aussi appelé malaria-- est l'une des maladies les plus meurtrières en Afrique.

Mardi, le groupe pharmaceutique britannique Glaxosmithkline (GSK) a offert une lueur d'espoir en annonçant qu'il allait solliciter un premier feu vert scientifique européen pour un vaccin antipaludéen destiné aux enfants d'Afrique subsaharienne, après des essais qualifiés d'"encourageants".

Les tests, réalisés sur environ 15.000 enfants, ont permis de réduire de moitié le nombre de cas dans la tranche d'âge 5-17 mois, a indiqué GSK, à l'occasion d'une conférence sur le paludisme à Durban (Afrique du sud).

"Tout progrès dans la lutte contre le paludisme est le bienvenu, et ce vaccin peut devenir une nouvelle arme importante pour nous", s'est félicité mardi Martin de Smet, spécialiste du paludisme chez Médecin Sans Frontières.

"Mais il ne va pas remplacer d'autres méthodes déjà en usage", nuance-t-il. "Ce vaccin n'est efficace qu'à 50%, et la protection qu'il offre diminue au bout de deux ans et encore plus après trois ans."

Par ailleurs, note cet expert, les populations les plus menacées sont les plus pauvres et celles qui vivent dans les endroits les plus difficiles d'accès. "Les villages sont généralement isolés, les gens doivent marcher plusieurs jours pour atteindre un centre de soins, et le vaccin a besoin d'être réfrigéré."

En République démocratique du Congo, où 18.000 enfants meurent chaque année du paludisme, le Dr. John Gikapa, conseiller technique de l'association SANRU près du ministère de la Santé, voit dans cette annonce une bonne nouvelle, mais souligne que "le vaccin ne s'oppose pas aux autres mesures et moyens de prévention et de traitement qui existent".

SANRU y joue notamment la carte de la prévention, en prônant l'usage de moustiquaires imprégnées d'insecticide.

En Angola, où la majorité de la population vit dans la pauvreté malgré les richesses pétrolières du pays, les autorités ont annoncé leur intention de participer aux tests dans les quatre mois à venir. "C'est un grand espoir pour l'Afrique", a dit à l'AFP un responsable du programme national contre la malaria, Nilton Saraivo.

Le paludisme est dû à un parasite, le Plasmodium, qui, transmis par les moustiques, provoque fièvre, maux de tête et vomissements et peut entraîner rapidement le décès par troubles circulatoires en l'absence de traitement.

"A côté des enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes font également partie des cibles les plus vulnérables, car la malaria est l'une des causes les plus importantes des avortements, des fausses couches, accouchements prématurés et mort-nés", notait l'association SANRU dans un récent rapport.

Dans de nombreuses régions du monde, les parasites sont devenus résistants à plusieurs médicaments antipaludéens, ce qui renforce l'intérêt pour la mise au point d'un vaccin.

Plusieurs candidats vaccins sont en concurrence, mais celui de GSK, baptisé "RTS,S" est le plus avancé.

Durant les tests, "l'efficacité du vaccin a été de 46% pour les jeunes enfants (âgés de 5 à 17 mois lors de la première vaccination) et 27% pour les nourrissons" âgés de 6 à 12 semaines à la première vaccination, sur une période de 18 mois, a affirmé à l'AFP le principal chercheur en charge de cet essai, le Dr Lucas Otieno (Kenya Medical Research Institute/Walter Reed Project), qui juge "encourageants les résultats obtenus jusqu'à présent dans cet essai".

GSK prévoit désormais de solliciter en 2014 un avis scientifique auprès de l'Agence européenne du médicament (EMA) pour ce vaccin spécialement développé pour des enfants d'Afrique subsaharienne, et qui n'a pas vocation à être commercialisé en Europe.

En cas d'avis positif, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pourrait le recommander dès 2015, ce qui ouvrirait la voie à une diffusion en Afrique (principalement à travers l'Unicef et le programme humanitaire Gavi Alliance), à prix réduit avec une marge de seulement 5%, d'après le groupe pharmaceutique.