Des chercheurs de l'Institut de génétique moléculaire de Montpellier ont trouvé un nouveau moyen de bloquer la multiplication du virus du sida lors de tests en laboratoire, selon une étude publiée ce vendredi par la revue en ligne Plos Pathogens. Ils ont développé une molécule chimique s'attaquant aux mécanismes cellulaires qu'utilise le VIH pour se multiplier, alors que les médicaments anti-sida actuels visent des mécanismes propres au virus lui-même, précise le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

"Au lieu d'attaquer les composants que le virus amène avec lui, nous visons ceux qu'il utilise dans la cellule", a expliqué le Pr Jamal Tazi. Cette approche "entièrement nouvelle" devrait permettre d'éviter que le VIH, au fil de mutations-adaptations successives, trouve le moyen de résister à l'action du médicament qui le vise.

Lorsqu'il infecte une cellule immunitaire, le VIH intègre son propre matériel génétique dans l'ADN de celle-ci et détourne la machinerie cellulaire à son profit pour produire de nouveaux virus. Un des premiers stades nécessaires implique la production d'ARN, sorte de calque de l'ADN, servant à fabriquer les protéines virales. Les chercheurs ont mis au point une molécule chimique (IDC16) qui empêche la maturation des ARN du virus, lors d'un processus appelé "épissage". Cette molécule est efficace non seulement sur des souches virales de laboratoires, mais aussi sur des virus isolés sur des patients, même lorsqu'il s'agit de virus devenus résistants aux thérapies habituelles. "Les cellules traitées survivent", cela "favorise la reconstitution du système immunitaire", souligne le Pr Tazi, précisant que les premiers tests n'ont pas montré de toxicité de la molécule IDC16 pour les cellules immunitaires. Contrairement aux ARN viraux, les ARN nécessaires à la production de protéines humaines dans la cellule arrivent à maturation pour les 200 premiers gènes testés, "les plus pertinents pour la vie ou la mort de la cellule", précise le Pr Tazi.

Mais "il faut qu'on analyse les 30.000 gènes" du génome humain. Si la molécule testée continue de se révéler non toxique, cette stratégie pourrait viser d'autres virus utilisant des procédés cellulaires similaires au VIH. Mais compte tenu des phases de tests nécessaires sur l'animal puis sur l'homme, elle ne pourra pas devenir un médicament avant 5 à 10 ans. (AFP)