Un petit mal de tête en écoutant Siegfried ? Ce n'est évidemment pas une généralité, mais si cela se produit, l'explication est toute simple. Richard Wagner souffrait de nombreux maux, dont la migraine. Dans ses correspondances, l'artiste décrit d'ailleurs en détail « la peste de son existence ». Selon le British Medical Journal, trois chercheurs allemands ont conclu que cette douleur récurrente a influencé ses opéras. Cette étude a mis en corrélation l'histoire de la musique et la médecine. Et visiblement, ce handicap n'a pas nui à son oeuvre, que du contraire...

Les trois scientifiques ont donc détecté des phonophobies à certains moments de Siegfried, troisième volet du cycle de « L'Anneau de Nibelung ». Dans la scène 1 de l'acte I (« Swangvolle Plague »), on retrouve les sensations physiques de cette douleur. Le nain forgeron Mime martèle son acier. Au début, les battements sont à peine audibles, ils s'intensifient ensuite au point de devenir douloureux. A l'apogée du morceau, il s'écrie « Peste compulsive! Douleur sans fin! » alors qu'il ne parvient pas à forger une épée assez solide.

La scène 3 fait plutôt référence aux migraines ophtalmiques. Wagner les voit comme « une ligne mélodique scintillante, clignotante, brillante, avec un motif en zig-zag ». Mime chante d'ailleurs: « Immonde lumière ! L'air est-il en flammes ? »

Aussi, selon les chercheurs, la fréquence sonore utilisée dans Siegfried s'apparente à celle du scintillement vécu lors d'une migraine. Cette dernière est en moyenne de 17,8 hertz, alors que celle de la scène 3 de l'opéra approche les 16 hertz lorsque le tempo réclamé par Wagner est respecté. Les trois scientifiques en concluent donc que cet handicap sévère était utilisé par le compositeur de manière créative, en « laissant les générations futures prendre part à ses émotions et à ses perceptions. » Que serait donc devenue sa musique s'il avait pu suivre un traitement?