Qui ne s'est pas un jour dit qu'il faisait vraiment chaud au bureau avec tous ces ordinateurs allumés... Finalement, pourquoi ne pas utiliser cette source de chaleur? C'est ce que propose et tente de mettre en application la start-up parisienne Qarnot Computing.

La technique est simple: utiliser la chaleur émise par les puissants serveurs informatiques des entreprises. ces serveurs sont hébergés, pour la plupart, dans des data-centers. Le principe consisterait à placer directement ces serveurs chez les particuliers qui profiteraient ainsi gratuitement de la chaleur qui s'en dégage. L'avantage majeur de ce système, outre sa gratuité, est son caractère non-polluant.

Paul Benoît, fondateur du Qarnot Computing, a breveté son concept en 2010. Il explique que les serveurs contenus dans ces data-centers sont des « monstres » qui consomment une quantité incroyable d'électricité. Leurs calculs intensifs dégagent une grande quantité de chaleur.

Ces serveurs sont montés sur un radiateur en aluminium. La température est ainsi réglable grâce à un thermostat. Apparemment, il n'y aurait aucune nuisance sonore. La société chauffe déjà ses 300 m2 de bureaux en banlieue parisienne à l'aide de cinq prototypes, explique le site 20Minutes.fr.

Capacité calorifique

En Belgique, il existe 28 data-centers. Il y a donc un certain potentiel. LaLibre.be a contacté Hervé Jeanmart, professeur à l'Ecole Polytechnique de Louvain, spécialisé en thermodynamique, afin d'apporter des précisions.

« C'est un concept vraiment intéressant et pertinent », selon Hervé Jeanmart. Il note cependant un inconvénient majeur: ces centres dégagent des chaleurs importantes tant en hiver qu'en été. Il faudrait donc arrêter ces serveurs chez les particuliers pendant les périodes de l'année plus douces. Une installation équivalente et centralisée dans des data-centers devrait ainsi prendre le relais en été. Il faudrait donc dédoubler toutes les installations de calcul, ce qui représente un certain budget. « L'alternative est de prévoir un système de refroidissement chez les particuliers. Mais, vu le concept, ce serait trop complexe et coûteux », souligne le spécialiste. Un autre inconvénient, toujours lié au portefeuille:  la maintenance de ces installations. « Les techniciens devront faire de nombreux déplacements », fait-il remarquer, ce qui, encore une fois, coûte cher.

Malgré tout, l'idée devrait être creusée selon Hervé Jeanmart: « On peut étendre le concept et imaginer de distribuer des centres de serveurs plus petits près d'installations grandes consommatrices d'énergie thermique basse température toute l'année, comme les piscines, les hôpitaux ou encore des serres ».

Un système sécurisé?

Et qu'en est-il de la protection des données? Les serveurs stockés chez les particuliers ne sont-ils pas davantage vulnérables au piratage ou au vol physique? LaLibre.be a posé la question à Olivier Markowitch, professeur en informatique à l'Université Libre de Bruxelles, spécialisé dans la sécurité des données: "Tout dépend du système de sécurisation." Les data-centers sont des sites extrêmement protégés et restreints d'accès. Il n'est pas possible de sécuriser l'accès au serveur chez les particuliers. "Le seul moyen est donc d'empêcher l'accès aux données directement dans le serveur. Pour cela, il faut donc tout codifier. On appelle cela 'chiffrer les données'. A partir du moment où les données sont chiffrées, il est nécessaire de posséder une clé de déchiffrage pour accéder au contenu", explique Olivier Markowitch. Le problème de cette technique, c'est que lorsque l'entreprise veut utiliser les données, elle doit les déchiffrer. Il faut donc du temps et du personnel supplémentaire. Olivier Markowitch ajoute: "Je doute que des entreprises, telles que les banques par exemple, acceptent un jour de disperser leurs serveurs, même sécurisés, chez les particuliers."