C’est flottant en apesanteur au milieu de la station spatiale internationale, dans sa chemise bleue floquée du sigle de l’Agence spatiale européenne, que l’astronaute Thomas Pesquet a donné sa dernière interview officielle dans l’espace. Des déclarations "en direct de l’espace" qui se sont évidemment retrouvées postées sur Youtube et les réseaux sociaux. Le très médiatique astronaute aux 556 000 followers sur Twitter et au 1,3 million d’amis Facebook sera de retour sur Terre ce vendredi 2 juin à 16 heures 09, heure de Bruxelles.

Son séjour a duré pas moins de 196 jours et lui a permis, confie à présent le Français, de "changer de regard" sur la Terre et de prendre conscience de la fragilité de la planète bleue. "De voir la planète, de voir sa fragilité, de prendre du recul, cela permet d’apprécier cette fragilité-là", dit-il. (Dans l’espace), on lève le nez du cahier sur lequel on est malheureusement par définition sur Terre… On n’a pas conscience à quel point l’atmosphère c’est mince, à quel point on est capable d’abîmer la planète, à quel point il faut la protéger."


De Paris aux Caraïbes

Durant ses 6 mois dans la Station spatiale internationale, ce laboratoire en orbite autour de la Terre à 400 km d’altitude, l’astronaute s’est souvent penché au hublot pour admirer cette planète bleue de haut, et surtout la prendre en photo, au téléobjectif. Avant de poster le cliché sur les réseaux sociaux (voir ci-contre), agrémenté d’un commentaire oscillant entre réclame patriotique bon enfant - "Paris, en l’honneur de Roland Garros qui commence" - et lyrisme de poète débutant - "Camaïeu de bleu au survol des Caraïbes : turquoise des lagons, bleu Klein de la mer, couronné par l’halo luisant de l’atmosphère".


Ses abonnés sur Twitter sont aux anges. "Trop beau, magnifique", dit l’un. "Merci pour ces belles photos et vidéos de notre belle Terre durant ces 196 jours et d’avoir partagé ce beau voyage, bon retour sur Terre", ajoute un autre. Sur Twitter comme sur Facebook, en direct avec des élèves belges le bombardant de questions, comme en différé face à des officiels de la Commission européenne subventionnant une recherche menée sur l’ISS, le blond trentenaire reste photogénique, cool, passionné, souriant. Et consensuel.

"C’est une excellente vitrine"

Dans les agence spatiale française et européenne, on se réjouit ouvertement du sens parfait de la communication de ce "poster boy" de l’espace. "C’est une excellente vitrine, confirmait ainsi dans un entretien à "La Libre" le patron du Cnes (l’agence spatiale française), Jean-Yves Le Gall. C’est le premier astronaute totalement connecté, et il a parfaitement compris que sa mission était de faire partager ce qu’il vit. C’est pour cela qu’il est en permanence sur Twitter, sur Facebook et ainsi de suite… Je pense que le résultat est là et c’est très très bien !"


Thomas Pesquet (ou plutôt @Thom_astro, son identifiant sur Twitter) permet aussi de rendre "sexy" la station spatiale internationale, un projet très controversé, pour son coût et ses résultats. Par ses photos (à l’intérieur de la station cette fois), il fait partager les expériences qu’il mène dans l’ISS et dont il est aussi parfois le cobaye : celle qui doit "percer les secrets de l’océan", une autre qui teste les réactions du cerveau en microgravité… L’astronaute continuera d’ailleurs à un être un sujet d’expérience. "Dès le retour, j’aurai une biopsie du muscle, c’est-à-dire qu’on me prélèvera des petits morceaux de muscle" dans la jambe. "Pendant des semaines, je serai livré aux mains des docteurs. J’ai très souvent l’impression d’être un cobaye", reconnaît-il en riant. "Mais cela fait partie du jeu."

© AFP

Du désamarrage à l’atterrissage, des étapes souvent délicates et parfois très risquées

Rien, absolument rien ne sera improvisé. A la minute sinon à la seconde près, tout a été minutieusement réglé pour le retour sur terre, vendredi, de l’astronaute français Thomas Pesquet et du commandant russe Oleg Novitski, en communication continue avec les ingénieurs qui, sur notre bonne vieille planète, prendront les commandes de la navette.

Mais que se passera-t-il au juste pendant ces trois heures et demie qui séparent le désamarrage de la capsule Soyouz à l’ISS, à 400 km d’altitude, programmé à 12 h 45 (heure de Paris) par l’Agence spatiale européenne (ESA), et l’atterrissage dans la steppe kazakhe de Baïkonour, prévu, lui, à 16 h 09 (20 h 09, heure locale) ?

Pour démarrer les opérations, la première mission du chef de bord Oleg Novitski consistera à désenclencher les crochets afin de propulser la capsule à portée de l’ISS et lui permettre ainsi d’emprunter sa nouvelle trajectoire.

Trouver la juste vitesse

Le désenclenchement effectué, le vaisseau restera dans un premier temps en orbite autour de la Terre avant que son moteur s’allume l’espace de quelques minutes pour amorcer sa descente et régler sa vitesse. Une étape délicate mais cruciale car elle permettra à l’engin de pénétrer dans la couche atmosphérique. Encore faudra-t-il la négocier à bonne allure. Effectuée trop lentement, elle risquerait de "manquer l’atmosphère" et faire s’enfoncer les deux compagnons de bord dans les confins de l’espace. Réalisée trop vite, elle pourrait voir le vaisseau se consumer.

Et puis, "Bang, bang, bang…", comme dirait l’astronaute italien Paolo Nespoli, qui a séjourné deux fois dans l’ISS. Quand, à 30 minutes avant l’atterrissage, soit à 140 km d’altitude, l’aéronef se séparera en trois parties, ne laissant intact que le module central avec les deux voyageurs, c’est comme si "quelqu’un à l’extérieur frappait avec un marteau. Le vaisseau spatial se met à trembler".

Ressentir le poids de son corps

Le plus délicat reste pourtant à venir. Il se situe à 100 km au-dessus de la Terre au moment d’entrer dans l’atmosphère terrestre. C’est alors que reviendra progressivement pour le Russe et le Français la sensation - perdue depuis six mois - de sentir le poids de leur corps. "Tu commences à sentir tes mains, ta tête est extrêmement lourde !", se souvient encore Paolo Nespoli.

Arrivée à 10,5 km d’altitude, la vitesse de la capsule sera déjà passée de 28 000 km/h à 800 km/h quand les parachutes se déploieront. "C’est comme si nous étions dans un yo-yo, on sent la capsule aller dans tous les sens. C’est bien pire que les montagnes russes", raconte pour sa part Frank De Winne.

Pour se sentir enfin en sécurité, il faudra attendre encore quelques minutes alors que la vitesse de l’engin sera passée à 22 km/h. L’atterrissage n’est vraiment plus loin. Pour amortir le choc, les feux se déclencheront à 70 cm du sol. Un "soft landing", qui n’aurait pas grand-chose de "soft", selon ceux qui l’ont expérimenté et parlent plutôt d’un "choc frontal".