Les tests complémentaires sur lesquels l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) s'appuiera pour se prononcer sur un éventuel redémarrage de Tihange 2 et de Doel 3 ne livreront pas de résultats fiables, les échantillons retenus pour ces tests n'étant pas représentatifs de l'état actuel du matériau des cuves.

Telle est la conclusion d'une étude commanditée par le groupe des Verts au Parlement européen auprès du Dr Ilse Tweer, une experte allemande en résistance des métaux.

A l'analyse du rapport d'évaluation provisoire publié début février dernier par l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), la scientifique disqualifie les échantillons retenus pour ces tests, à savoir un morceau de la cuve de Doel 3 prélevé lors de la fabrication du réacteur et un générateur de vapeur français fabriqué par Areva, un appareillage présent dans chaque centrale nucléaire.

Pour l'experte allemande, ces deux échantillons ne peuvent nullement être considérés comme représentatifs des cuves fissurées des deux réacteurs belge, le premier échantillon ne présentant aucun défaut dû à l'hydrogène, à l'inverse des cuves de Tihange 2 et Doel 3.

Le second échantillon, générateur de vapeur français, présente lui bel et bien des défauts liés à l'hydrogène, mais il n'a jamais été soumis aux mêmes contraintes de pression, de chaleur et d'irradiation que les deux cuves belges ces 30 dernières années, relève le Dr Tweer.

"En cas de résultats défavorables, ces tests complémentaires suffiraient à disqualifier le redémarrage des réactions. Mais, en cas de résultats favorables, ils ne pourraient suffire pour justifier un redémarrage", avertit-elle.

Pour l'experte allemande, ces tests, même positifs, n'offriront pas la "certitude absolue" que les milliers de défauts relevés dans les cuves de Tihange 2 et Doel 3 ne provoquent pas un jour la rupture de celles-ci.

Le Dr Tweer réfute également l'argumentation avancée par Electrabel selon qui on ne peut exclure que les défauts découverts l'été dernier dans les cuves aient en réalité été présents dès leur fabrication, au début des années 80.

Elle en veut pour preuve le fait que le premier anneau de transition destiné au réacteur Tihange 2, construit en 1983, avait été rejeté pour des défauts dus à l'hydrogène.

Les techniques de détection par ultrasons de l'époque ayant permis de découvrir l'imperfection de cet anneau, le Dr Tweer en déduit que les autres parties de la cuve étaient saines au moment de leur livraison, sans quoi elles auraient elles aussi été rejetées après examen.

A ses yeux, on ne peut dès lors exclure que ces fissures soient apparues et qu'elles aient grandi au cours des 30 années de service des deux réacteurs. Une hypothèse de travail que l'AFCN refuse de prendre en considération, déplore la scientifique.

Sur base de cette étude, le groupe de Verts européens a à nouveau réclamé mardi le maintien à l'arrêt des deux réacteurs belges.

"Le gouvernement belge ayant déjà planifié la sortie du nucléaire, la situation à Doel 3 et Tihange 2 devrait l'inciter à accélérer la marche", a commenté la co-présidente de groupe, l'Allemande Rebecca Harms, lors d'une conférence de presse.

Présente à ses côtés, la chef de groupe Ecolo au Parlement fédéral, Muriel Gerkens, a appelé le gouvernement Di Rupo à prendre sa décision quant à un éventuel redémarrage sur base de considérations purement techniques, et non de considérations politiques vu la proximité des réacteurs avec des zones densément peuplées.