Comme on le redoutait, Electrabel a confirmé ce jeudi que le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Tihange présentait le même type d’anomalies que celles détectées sur la cuve de Doel 3. Une annonce qui n’est pas vraiment une surprise dans la mesure où ces deux réacteurs sont en quelque sorte jumeaux : ils ont été fabriqués dans les années 70 par la société hollandaise Rotterdamsche Droogdok Maatschappij (RDM), qui a fait faillite depuis lors, à partir d’acier fourni par la firme sidérurgique allemande Krupp.

Pour rappel, à Doel, quelque 8000 indications s’apparentant à des microfissures de 20 à 30 mm ont été localisées dans le bas de la cuve du réacteur. Ces défauts présentant l’apparence de petites bulles dans l’épaisseur de l’acier seraient liés, semble-t-il, à une malfaçon lors du processus de forgeage de la pièce et/ou peut-être à la qualité du métal lui-même.

Depuis la fin du mois d’août, l’unité n°2 du site hutois est à l’arrêt pour des opérations de contrôle et de maintenance. Dans le cadre de cette inspection, Electrabel a utilisé le même appareillage de mesure (des capteurs ultrasoniques) que celui qui avait permis de déceler les problèmes à Doel. Ces tests "ont mis en évidence des indications qui laissent penser que l’on fait face au même phénomène", commente la porte-parole de l’opérateur qui ne donne toutefois pas davantage de précisions, expliquant que les examens sont toujours en cours.

Même son de cloche du côté de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), qui aurait été informée mercredi par Electrabel à l’occasion d’une réunion de présentation des résultats intermédiaires. A ce stade, il semble que ces défauts soient moins nombreux que ceux constatés à Doel, déclare la porte-parole de l’autorité de sûreté. "Mais nous attendons de recevoir le rapport complet de ces investigations, dans le courant de la semaine prochaine, pour analyser la situation en détail. Avant de se prononcer, il faut voir le nombre de défauts, s’ils sont rapprochés ou éparpillés, leurs dimensions, leur orientation horizontale ou verticale "

GDF Suez a d’ores et déjà annoncé qu’il ne serait pas en mesure de redémarrer le réacteur de 1 008 mégawatts en octobre comme initialement prévu. Cette découverte s’ajoute aux constatations des dégradations apparues sur l’enceinte de protection du réacteur de Tihange 2. Des altérations qui étaient connues depuis 2008, mais qui ont tendance à s’aggraver.

Si les problèmes observés sur la cuve sont de la même ampleur que ceux constatés en Flandre, la même procédure s’appliquera. Pour obtenir l’autorisation de redémarrer ces deux réacteurs, Electrabel devra apporter la démonstration que les anomalies constatées ne posent aucun problème de sécurité. En août dernier, le patron de l’AFCN, Willy De Roovere, s’était cependant montré pessimiste quant à la possibilité de relancer ces deux unités. Le dossier qui sera soumis par Electrabel à l’Agence sera tout d’abord analysé par Bel V, la filiale technique de cette dernière, puis par son comité scientifique et un groupe composé de six experts internationaux dont la composition a été rendue publique ce jeudi (un Français, un Allemand, un Américain, un Finlandais, un Britannique et un Bulgare). Celui-ci sera présidé par Pierre-Etienne Lebeau, professeur à l’ULB, réputé être un défenseur de l’énergie nucléaire. L’évaluation finale sera ensuite transmise au gouvernement fédéral à qui il reviendra de trancher. Une décision qui ne devrait pas tomber avant la fin de cette année au plus tôt.

En attendant, l’enquête pour déterminer l’origine de ces défauts se poursuit. Selon les derniers éléments du dossier, il semble que ceux-ci ont non seulement échappé aux contrôles de conformité menés par le fabricant néerlandais avant de livrer la cuve, mais aussi aux seconds examens réalisés à l’époque par Cokerill. Les équipements de l’époque étaient évidemment moins perfectionnés qu’aujourd’hui et n’enregistraient apparemment pas la liste de toutes les mesures effectuées. Des informations qui s’avéreraient bien utiles.