Planète Les consommateurs sont mécontents et le font savoir: que Topicana remplace des emballages de type Tetra Pak par des bouteilles en plastique suscite des réactions qui vont jusqu'à l'appel au boycott. Par souci d'écologie... et d'économie. Mais la levée de boucliers est-elle justifiée?

La marque de jus de fruits, leader sur le marché français, va quelque peu à contre-courant avec cette annonce. A l'heure ou le plastique est accusé de tous les maux et que la tendance est à la recherche de solutions pour s'en débarrasser, la branche de PepsiCo en France fait le chemin inverse. "La brique carton, cela suffit", annonçait Bruno Thévenin, directeur général de la firme, au Monde la semaine dernière. "Les consommateurs veulent de la transparence, ils souhaitent voir le produit". En fait, cette tendance n'est pas neuve: les briques de jus sont passées en France de 60 à 44% de part de marché entre 2010 et 2018 selon l’Union National Interprofessionnelle des Jus de Fruits. A l'inverse, la part des bouteilles en plastique a grimpé sur la même période de 26 à 50%.


L'autre souci, c'est le prix. Car au passage, selon certains, Tropicana en profite pour augmenter largement ses bénéfices. L'association Foodwatch, par exemple, l'affirme: "Nous avons trouvé les nouveaux emballages plastiques de la marque juste à côté de l’ancien packaging en carton : même dénomination, composition identique… mais avec 100 millilitres de moins et surtout… 0,72 euro plus cher. Bref : 38 % plus cher pour 10 % de jus en moins !".

Les arguments font mouche: le groupe concurrent de Coca-Cola est prêt à tout pour son profit, nonobstant son impact écologique. Si le porte-feuille du consommateur pourrait être touché, il y a lieu de nuancer ce point de vue.

Les produits désormais présentés dans leur contenant en plastique l'étaient par le passé dans des emballages carton. Ou plutôt composés à 71% de carton, selon les chiffres de producteur presque monopolistique du secteur Tetra Pak. Le reste est composé de 23% de plastique classique, 1% de plastique dit "bio" (provenant de la biomasse) et 5% d'aluminium. La nuance est importante: on ne compare pas ici l'impact écologique du plastique par rapport au carton, mais par rapport à un ensemble de composantes, dont une majeure partie de carton.

Le plastique utilisé pour la fabrication des briques ne peut pour le moment provenir du recyclage, bien que Tetra Pak évoque souvent le souhait d'en prendre la direction, appelant notamment l'Union européenne à adopter une législation le lui permettant. Le carton, lui, provient, en France, à 90% de la production labellisée FSC, respectueuse de l'environnement, avec un objectif d'atteindre les 100% dans les prochaines années.

Pour ce qui est des bouteilles en plastique, la composition est plus difficile à chiffrer, tant les différences sont marquées d'un producteur à l'autre. Toujours est-il que Tropicana annonce la présence de 50% de plastique recyclé dans ses bouteilles.


Au total, selon une étude remontant à 2010, l'équivalent carbone - soit de total des émissions de gaz à effet de serre sur l'ensemble du processus de production, distribution et consommation - s'élèverait à 87g pour une brique en carton, à 129g pour une bouteille en plastique.

Mais ce qui a le plus plus d'influence, c'est sans doute la manière dont ces emballages sont recyclés. En France, en 2016, on estimait que 55% des bouteilles en plastique étaient recyclées, contre 51% des Tetra Pak. Ce chiffre relativement bas est en grande partie dû au tri des consommateurs...

Si l'on connait les conséquences désastreuses des bouteilles en plastique pour la nature, notamment pour les cours d'eau et océans, aujourd'hui, heureusement, une grande partie de celles récoltés en Belgique grâce aux sacs PMC est transformée en nouvelles bouteilles, en raviers ou fibres textiles. Les principaux inconvénients viennent des déchets qui se retrouvent directement dans la nature, sans passer par le tri. 

De l'autre côté, le carton du Tetra Pak est récupéré pour le transformer en essuie-tout, papier toilette ou feuilles de papier. Pour le reste, c'est nettement plus compliqué... Les dirigeants de l'entreprise martèlent régulièrement leur volonté de progresser dans la gestion des parties plastiques et en aluminium. Mais aucune solution satisfaisante ne semble avoir été trouvée jusqu'ici.

Finalement, l'impact de cette décision de Tropicana a surtout une portée commerciale - ratée diront certains étant donné le bad buzz qui l'a entourée -, bien avant son aspect écologique. Loin de défendre l'utilisation de plastiques, il est donc important de préciser que la différence d'impact environnemental entre ces contenants reste relativement faible.

Quant au prix, ne parvenant pas à contacter PepsiCo benelux, il nous a été impossible de confirmer la hausse du prix au litre en rayon.