L’ascenseur est bien étroit pour deux personnes. Que dire alors de deux personnes affublées de veste coupe-vent, harnais, baudrier, cordes, mousquetons, systèmes d’assurage et casque... Mais même étroit, et lent, ledit ascenseur vaut sans doute mieux que les 400 et quelques barreaux de l’échelle qui permet d’atteindre le sommet du mât conique de l’éolienne, à 100 mètres de hauteur. "Ceux qui sont en forme vont plus vite à pied", sourit Aurélien, qui s’occupe de la maintenance mais joue, ce jour-là, au liftier de service.

Autre difficulté, disons pratique, de la montée, il est indispensable d’être tout le temps accroché à des mains courantes et autres anneaux, et ce, que l’on soit simple visiteur ou technicien : dans l’ascenseur, d’abord, sur les plates-formes et échelles intermédiaires ensuite, et autour des machineries.

Arrivé au sommet, enfin, on prend la mesure réelle de la nacelle : au profil élancé et aérodynamique mais presque insignifiante vue d’en bas ; de la taille d’un minibus (10 m sur 3,5) à l’intérieur. Sauf que ledit minibus est passablement bondé (multiplicateur, génératrice, armoires de commande, câbles, passerelles ), qu’on y est plus souvent plié en deux que debout, et que le casque prend alors toute son utilité.

Reste à accéder à la trappe, à sortir la tête, les bras, le torse - et les jambes pour les professionnels comme Antoine, qui, ce jour-là, fait le guide - et à admirer : les pales, immobiles, bloquées en Y, mais néanmoins impressionnantes ; et la vue à l’infini sur les champs. Du moins quand on regarde droit devant soi. Car où que porte le regard, de biais, de côté, derrière, ce sont d’autres éoliennes qui émergent. Qui elles, tournent. Tranquillement. Sans grand bruit d’ailleurs, ajoutant à la majesté des lieux.

Des éoliennes, la Champagne-Ardenne française en porte des centaines. Mais rares sont les parcs aussi condensés que celui de GDF Suez à Germinon, construit par sa filiale Eole Generation : 30 mâts de 100 mètres de haut, surmontés de 90 pales de 50 mètres de long, alignés par groupe de six sur cinq rangs, éloignés les uns des autres de 600 mètres seulement. "Un très grand parc, reconnaît Mathieu Adnot, chef agence exploitation chez GDF Suez EnR operations. On a eu la chance de profiter d’une grande plaine et d’un seul gros exploitant agricole". Et de poursuivre dans les chiffres : "Trois cents tonnes pour le mât, 100 tonnes pour les pales et la nacelle, plantés sur une base de 3 m de profondeur seulement mais de 20 m de diamètre, ce qui représente 700 tonnes (70 camions !) de béton ferraille. Trente éoliennes identiques d’une capacité de 2,5 mégawatts. Elles représentent la consommation annuelle d’électricité hors chauffage d’une ville de plus de 250 000 habitants. Reims, par exemple. Et évite les rejets de 160 000 tonnes de CO2, soit ceux de 80 000 voitures sur un an".

Si Germinon permet les visites - celles des mandataires communaux lors de l’inauguration du parc en 2011, des riverains, des journalistes - c’est que le parc est grand : les périodes de maintenance et d’entretien en sont d’autant plus nombreuses. Et que chacune des éoliennes compte son propre ascenseur. Lesdites visites n’en sont pas moins exceptionnelles et ne blasent pas les équipes. En tout cas, pas celle du jour - les "3 A" - avec Aude au sol (et à la vérification du harnachement), Aurélien dans le mât et Antoine dans et sur la nacelle. "On travaille toujours en binôme ou en trinôme, explique Aude. La sécurité est majeure. On est formé pour le travail en hauteur : équipement, évacuation de soi-même et des autres Des exercices renouvelés tous les trois mois avec le Grimp (Groupe de recherche et d’intervention en milieu périlleux, NdlR) qui doit s’exercer sur l’éolienne". Et auxquels ils se prêtent de bonne grâce.

Même si ce n’est pas tant sur ces aspects sécuritaires que les éoliennes de demain innoveront encore. "L’éolien est arrivé à maturité en termes techniques et d’économie, répond Mathieu Adnot. Mais des perfectionnements continueront à lui être dédiés. P our des pales plus légères, plus souples, plus grandes, plus orientables Avec une réflexion sur leurs formes et leurs matériaux". On parle ainsi de pales furtives - comme il existe des avions furtifs - réalisées dans des matériaux absorbant les ondes émises par les radars et permettant aux créateurs de parcs de se rapprocher des aéroports.

Autre innovation : "Mettre la machinerie, le générateur au bas du mât et non au sommet", ajoute l’expert. Est-ce à dire que monter dans une éolienne sera, un jour, un plaisir périmé ? Pas sûr. Mais écourté, sans doute.