Planète

Les promeneurs de la plage d’Usedom, île de la Baltique, aiment chercher de l’ambre. Mais parfois, la trouvaille, grande comme un caillou, peut s’enflammer et provoquer des blessures : il s’agit alors de phosphore provenant de bombes incendiaires érodées au fond de la mer.

La construction d’éoliennes offshore, la pose de câbles acheminant le courant vers la terre ferme et l’édification du gazoduc germano-russe de la Baltique obligent les autorités allemandes à intensifier la recherche de munitions déchargées dans la mer du Nord et la Baltique en 1918 et en 1945. Certes, les lieux d’immersion figurent sur les cartes maritimes, mais il y a des décharges sauvages comme dans la baie de Kiel, capitale du Schleswig-Holstein. Il se raconte que des capitaines sans scrupule ont envoyé grenades, torpilles et mines par-dessus bord avant de joindre l’endroit indiqué, pour retourner rapidement au port et prendre une nouvelle charge.

La semaine dernière, la chaîne ARD a montré des experts sillonnant la côte près de Norddeich à bord d’une flottille privée de sept navires spéciaux, qui a participé l’an dernier au sauvetage de la station pétrolière "Deep water horizon" dans le golfe du Mexique; un robot ramène à la surface les engins explosifs rouillés. Le service public d’évacuation des munitions du Schleswig-Holstein doit, lui, effectuer 400 engagements par an.

Soixante-sept ans après la fin de la guerre, les mers allemandes sont toujours un immense "cimetière" de munitions. Un groupe de travail de l’Etat fédéral et des Länder avait, il y a un an, évalué le volume des explosifs reposant sur le fond de la mer à au moins 1,6 million de tonnes; d’autres experts parlent de deux millions. Les estimations sont très lacunaires pour les côtes de l’ex-RDA : on n’a plus guère accès aux informations du régime communiste.

Les bombes chimiques, qui ont fait des ravages pendant la Première Guerre mondiale, ne sont pas ce qu’il y a de plus dangereux. Nonante tonnes de grenades d’artillerie et 5000 tonnes de bombes, contenant les substances toxiques tabun et phosgène, ont été déversées près de l’île de Helgoland et le Petit Belt. Si l’enveloppe métallique rouille, les produits chimiques se diluent dans l’eau et se transforment en substances inoffensives. Les munitions conventionnelles restent plus dangereuses. Les Alliés ont pilonné avec des bombes au phosphore les installations de Peenemünde, où s’effectuaient les essais avec les fameuses fusées V1 et V2. Selon le rapport, il est improbable que des torpilles ou des explosifs échouent sur les plages. On n’a pas non plus de preuve que les substances nocives se concentrent dans les moules et les poissons. Pour Jens Sternheim, du ministère de l’Intérieur du Schleswig-Holstein, "il n’y a pas lieu de verser dans l’hystérie, mais on ne peut pas non plus enjoliver les choses". Les personnes les plus exposées au danger sont les pêcheurs : il arrive que des bombes explosent dans leurs filets.