La mésaventure n’est pas rare, ces derniers temps pour les automobilistes. Au tableau de bord, des signaux clignotent, même si la voiture démarre. Direction le garagiste. Verdict moqueur de celui-ci : des câbles de la voiture ont été dévorés par un rongeur. "Cela m’est arrivé trois fois, avec deux véhicules différents, explique cet automobiliste. A la ville et à la campagne. A chaque fois, cela m’a coûté 100 à 150 euros". Le coût de la réparation peut même monter jusqu’à 300 euros, selon le club automobile VAB. Pour Touring, les dépannages liés à ces phénomènes sont plutôt nombreux, et en augmentation : le dernier comptage, qui concerne avril 2010, fait état de 425 appels pour cette raison. Les interventions étaient de 383 en avril 2009.

Martres et fouines

Martres et fouines seraient parmi les "prédateurs" principaux. Le mois d’avril serait plus concerné. Ce en raison de la saison des amours, où les mâles se battent pour marquer leur territoire. Ils mordent les câbles électriques des véhicules car le compartiment du moteur fait souvent office de territoire. Sa chaleur serait aussi une bonne invitation. Le phénomène se passerait souvent dans les zones où il manque de nourriture, comme les zonings ou les villes. Mais un autre élément expliquerait cette attirance : les composants présents par exemple dans les isolants de câbles, qui seraient d’origine végétale ou animale. "Des matériaux des câbles contiennent de l’huile de poisson", précise Touring. Du côté des garagistes, on a bien conscience du phénomène. Chez ce garagiste d’une marque japonaise, mais qui répare aussi d’autres marques, ce genre de panne concernerait 2 % des voitures qu’il traite. "Cela fait trois ou quatre ans que ce phénomène persiste. Cela concerne toutes les marques. Les rongeurs s’attaquent aux petits tuyaux de caoutchouc, de petites durites de 5 mm : tuyau d’arrivée d’essence, de lave-glace, d’eau Mais aussi les fils dans les bougies. Pour moi, la raison est que ces rongeurs sont attirés par les résidus animaux, des résidus de poisson, qui composent les caoutchoucs. Mais je pense ceci pour avoir discuté avec d’autres garagistes. Nous n’avons pas d’informations des constructeurs, qui ne nous communiquent pas la liste des composants."

Les matériaux qui contiennent des éléments d’origine végétale ou animale sont appelés "biosourcés". Ces origines peuvent être variées. Il y a l’extrait de poisson, mais l’usage d’amidon et de maïs est aussi évoqué pour des tuyaux. Ford l’a ainsi confirmé à "Soixante millions de consommateurs", l’équivalent de Test-Achats en France. Mais assure que les rongeurs ne s’attaquent pas seulement à ces pièces-là A la Febiac, fédération belge de l’industrie automobile, on confirme cependant que le secteur fait de plus en plus souvent appel à ces éléments d’origine végétale ou animale dans les composants du véhicule, notamment pour les tissus, et les tuyaux, tubes et raccordements. "Ce n’est pas un grand secret. En plus, ces matériaux viennent de sous-traitants équipementier et fournissent tous le secteur." Et la raison ? "Le secteur automobile cherche à remplacer et utiliser un maximum de matériau avec un faible impact environnemental. Une voiture, c’est beaucoup de métaux, mais aussi beaucoup de plastique, etc. L’industrie doit réduire son empreinte environnementale. Il y a des normes européennes en matière de taux de recyclage des voitures hors d’usage. Actuellement, on est à 85 % du poids du véhicule. Et ça va évoluer vers 95 %." Quant à l’aspect attractif pour les rongeurs : "si c’est une problématique réelle, les constructeurs vont réagir. Il y a probablement un choix à faire entre des matériaux pas attirants pour les animaux, et l’impact sur l’empreinte écologique et la recyclabilité du véhicule."

En off, un constructeur confirme que des câbles composés de farine animale et végétale attirent en effet les rongeurs et que ce phénomène est assez fréquent. Mais même si un changement était effectué, cela ne modifierait pas grand-chose : le caoutchouc conventionnel est également consommé ! Le choix est donc de maintenir l’usage de ces matériaux, afin de garder la même empreinte environnementale, argument auprès des acheteurs. D’autres affirment ne pas faire usage des matériaux d’origine végétale ou animales dans les composants comme les câbles et tuyaux. C’est le cas de Suzuki. "Mais il y a de la recherche dans ce domaine, au Japon. Mais nous avons très peu d’infos, c’est secret !"

Sécurité contrôlée

En revanche, chez Peugeot, on confirme aussi faire appel à de tels composants pour les petites pièces. "C’est une tendance, une évolution générale dans le secteur, qui a pour but le respect environnemental de la voiture. Utiliser ce genre de matériau a sa place dans ce cadre." Mais on réfute toute attaque massive de rongeurs. "Depuis qu’on utilise ce genre de matériaux, on n’a pas vu une hausse disproportionnée dans les cas. C’est quelque chose qui se passe, mais qui est exceptionnel. Cela arrive par exemple lorsque la voiture est immobilisée pendant très longtemps, à l’extérieur."

Pour lutter contre les rongeurs, des constructeurs placent une protection complète autour du moteur, d’autres du répulsif sur les câbles. Certains ne font rien. Touring conseille des sprays anti-fouines, ou des appareils qui diffusent du courant ou des ultrasons. Certaines marques fournissent d’ailleurs des kits de ce genre. Enfin pour un constructeur concerné, la présence de rongeurs n’entraînerait pas d’accident : il s’agit surtout d’alertes défectueuses, ou un moteur qui ne s’allume pas du tout. Tous s’accordent aussi pour dire que les matériaux biosourcés sont aussi solides que les autres, et soulignent notamment les contrôles très stricts dans le secteur auto. C’est ce qu’assurent aussi les chercheurs spécialistes de ces nouveaux matériaux à base d’éléments d’origine végétale ou animale.