Une Princesse pour la Terre

Une Princesse pour la Terre
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Planète

Christian Laporte

Publié le - Mis à jour le

La princesse Esmeralda est journaliste de formation. En réalisant un livre d’interviews sur l’avenir de la planète avec des personnalités de tous bords et de tous horizons dont les paroles mais surtout les actes sont d’utiles sources d’inspiration pour les décideurs comme pour les citoyens, la fille de Léopold III et demi-sœur du roi Albert II entend apporter sa petite pierre à la mobilisation générale.

A l’occasion de sa présentation, mercredi à Bruxelles, "La Libre" a rencontré celle qui, pour notre petite histoire, fut aussi jadis une de ses stagiaires...

Qu’est ce qui vous a amené à ce projet ?

Je ne suis de fait ni une experte en environnement, ni une scientifique; mais j’ai voulu interpeller une série de personnalités qui contribuent toutes à leur manière au sauvetage de la planète. Dans un premier temps, je pensais me concentrer sur l’environnement de manière un peu exclusive mais comme il a un impact sur tous les aspects de la vie en société, j’ai élargi l’éventail pour faire un petit point de la situation générale. Et je ne me suis pas limitée à l’Europe ou aux Etats-Unis car les autres continents ont aussi beaucoup à nous apporter...

Votre attrait pour l’environnement est à coup sûr aussi filial...

Mon père en m’emmenant dans certaines de ses expéditions a contribué à ce que je développe de l’intérêt pour ces questions. Et je cultive cette passion à travers la présidence du Fonds Léopold III par les diverses missions et interventions que nous faisons. Mais mon intérêt est forcément aussi personnel pour nous et surtout pour nos enfants. C’est maintenant qu'il faut agir car j’ai l’impression que nous entrons dans une décennie décisive pour changer les choses.

Comment avez-vous choisi vos témoins ? Ce fut un tour de force ?

J’en ai discuté avec les éditions Racine par rapport au marché belge mais il allait de soi qu’il fallait l’éventail de témoins le plus large possible. Le plus difficile fut de boucler les rendez-vous mais j’ai pu compter sur l’aide efficace d’une amie qui a fait le boulot ingrat. Il a aussi fallu un certain temps pour expliquer le projet et préciser que leur message devait s’adresser à un très large public. En même temps, je me suis rendu compte que des personnes que je pensais peu accessibles m’ont répondu tout de suite! Je pense à la directrice du programme alimentaire mondial de l’Onu. En fait, elle a répondu elle-même à mon courriel!

Vos rencontres ont dû vous mener aux quatre coins de la planète. Etait-ce très écologique ?

La plupart des rencontres ont eu lieu à Londres, à Paris et à Bruxelles. De fait, ne voulant pas laisser une trop grande empreinte carbone, je me suis arrangée pour ne pas rencontrer Gorbatchev à Moscou. J’ai aussi opté pour un contact sans face-à-face avec Jeffrey Sachs mais je n’avais pas le choix: j’aurais dû le rejoindre à Timor, voire à Séoul! Mais bon, Sachs est un très grand professionnel qui est visiblement habitué à ce genre de démarches.

Quelles personnalités vous ont le plus marqué ?

Toutes m’ont marqué... à leur manière ! Mais je pense par exemple à Mario Vargas Llosa, qui est un monument de la littérature. A noter que je l’ai interrogé avant qu’il obtienne son prix Nobel !

Je pense aussi à des témoins nettement moins médiatiques, telle cette directrice de l’Organisation Mondiale de la Santé à l’analyse aussi percutante qu’intéressante. Dans les personnalités très fortes, je placerais Youssou N’Dour, un très grand communicateur qui fait si bien passer la chaleur africaine.

Mais pourquoi Mikhaïl Gorbatchev ?

Il est certes sorti de la vie politique, mais il était encore au cœur du débat lors de la catastrophe de Tchernobyl. Il s’est aussi engagé à fond pour éliminer l’arsenal nucléaire. Et on sait que l’énergie nucléaire fait l’objet de débats passionnés.

Ce qui frappe, contrairement aux us et coutumes toujours en cours, est la présence importante de femmes...

Mais elles sont en première ligne dans les mutations environnementales ! Elles souffrent concrètement des effets des changements climatiques et de toutes les problématiques liées à l’eau. Puis, elles sont bien plus présentes dans la vie quotidienne qu’on ne le pense dans le tiers-monde. Ce sont elles qui doivent faire les récoltes tout en s’occupant de leurs familles. Et puis, elles sont aussi à la base d’énormément d’initiatives. Cela dit, j’aurais retenu encore davantage de femmes s’il n’avait pas fallu se limiter.

Ces rencontres vous ont-elles rassuré ?

Non ! Parce que la plupart furent empreintes de pessimisme mais il y a des alternatives. Reste que la situation est très grave; il n’y a vraiment plus de temps à perdre. Le problème est que le monde politique n’est pas encore assez sensibilisé, mais les citoyens le sont et une partie de la solution viendra donc d’eux.

Mais encore ?

Il y a de plus en plus d’initiatives citoyennes au niveau local mais aussi de façon globale à travers Internet. Et ce qui est positif aussi, c’est que les idées passent dans le monde économique. Un exemple: le Texas investit à fond dans l’énergie éolienne. Je ne pense pas que cela sauvera la planète mais c’est une bonne réorientation industrielle. Pendant ce temps-là, on pense moins à fabriquer et à vendre des armes. Mais il y a une autre raison de se préoccuper de l’environnement : directement ou indirectement, il est aussi lié à la pauvreté dans le monde et il est de plus en plus inacceptable qu’un milliard de Terriens en souffrent encore... Une pauvreté qui est exacerbée par les catastrophes naturelles...

Mais notre engagement personnel face à cela a-t-il du sens ?

Oui, on ne peut plus dire qu’une action personnelle n’a aucun impact. Je constate avec bonheur que les jeunes s’en rendent compte. L’autre jour, j’ai rosi de plaisir en entendant ma fille dire à mon fils qu’il pouvait économiser de l’eau en se lavant les dents !

Dans votre éventail figurent aussi des religieux : le cardinal Maradiaga, un rabbin et un imam...

J’ai été interpellée par le fait religieux... On n’a jamais autant parlé du retour du religieux alors qu’en Occident, la sécularisation frappe de plein fouet. C’est d’autant plus paradoxal que les religions se radicalisent et se dogmatisent. Mais il ne faut pas généraliser non plus: mes interlocuteurs sont des intellectuels et en même temps des hommes de terrain très ouverts aux réalités du monde...

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