La zone évacuée de 20 kilomètres autour de la centrale de Fukushima est désormais interdite aux habitants qui y vivaient. Ainsi en a décidé le gouvernement japonais, près de six semaines après le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté la région. "En vertu de la loi sur les catastrophes, nous avons décidé de classer la zone en état d’urgence" a déclaré le porte-parole du gouvernement Yukio Edano. Depuis la nuit dernière, tout contrevenant à cette interdiction s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 yens (835 euros) et à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 30 jours.

Les familles réfugiées en dehors du périmètre évacué auront toutefois la possibilité, dans les prochaines semaines, d’envoyer un de leurs membres récupérer des effets personnels dans leur maison. Ils ne disposeront, pour ce faire, que de deux heures et devront porter des vêtements de protection ainsi qu’un dosimètre personnel. "Nous allons leur recommander de prendre un minimum d’affaires" a ajouté Yukio Edano, précisant que les personnes dont la maison se situe à moins de 3 kilomètres de la centrale ne bénéficieront pas de ce droit.

En tout, 80 000 personnes ont été évacuées de la zone après les premières fuites radioactives. Mais en inspectant plusieurs maisons situées dans la zone, la police japonaise a pu constater qu’au moins soixante familles étaient déjà retournées vivre chez elles, ce que déplore vivement le porte-parole du gouvernement. "Nous demandons aux habitants d’être compréhensifs. Nous voulons vraiment qu’ils ne pénètrent pas dans la zone."

"Nous sommes inquiets parce que nous ne savons pas combien de temps tout cela va durer" a déclaré à l’Agence France Presse, une personne évacuée. "Il est totalement inacceptable que le gouvernement nous impose cette interdiction" a déclaré une autre. "Même si nous pourrons y aller momentanément, nous ne pourrons rien faire en une heure ou deux. Le toit de ma maison a probablement été emporté mais je ne pourrai pas le réparer."

L’opérateur Tokyo electric power (Tepco) estime qu’il faudra encore environ 3 mois pour réduire la radioactivité et entre six et neuf mois pour refroidir les réacteurs. La reprise en main du réacteur ne devrait pas intervenir avant une année, au mieux, estime Tepco. Un calendrier jugé ambitieux par les spécialistes du nucléaire.

Cette semaine, les ingénieurs de Tepco ont commencé à pomper de l’eau partiellement radioactive pour l’évacuer d’un des réacteurs. Cette étape est indispensable pour ensuite réparer le système de refroidissement qui régule la température des barres de combustible nucléaire. Mais la quantité d’eau contaminée dans les réacteurs ne semble pas baisser pour le moment.

De son côté, l’organisation écologiste Greenpeace a annoncé avoir envoyé son navire emblématique, le Rainbow Warrior, vers les côtes japonaises. Le vaisseau amiral de l’ONG, qui a quitté Taïwan, devrait être sur place d’ici une semaine pour effectuer des mesures sur la qualité de l’eau près de la centrale de Fukushima.

Début avril, quelque 520 tonnes d’eau très contaminée se sont écoulées dans la mer via une brèche - colmatée depuis - dans une fosse technique de la centrale. "Le Japon dépend très largement de l’océan pour se nourrir. Et étant donné les fuites continues d’eau radioactive dans l’environnement marin, il est crucial que des tests indépendants soient menés à bien", a souligné Junichi Sato, directeur exécutif de Greenpeace Japon.