L’Organisation météo mondiale vient de définir 12 nouvelles classes de nuages. Parmi les petits nouveaux, les "homogenitus", créés par l’activité humaine.

Ils portent les noms étranges voire poétiques de "Fluctus", "Asperitas", "Flammagenitus", ou "Homogenitus". Ils font partie des nouveaux nuages que l’Organisation météorologique mondiale (OMM) vient d’intégrer dans son tout nouvel Atlas. On y trouve 12 nouvelles catégories de nuages, dont le volutus (nuage en rouleau), les nuages engendrés par les activités humaines, tels que les traînées de condensation parfois produites par les avions en raison de la condensation de la vapeur d’eau, ou encore l’asperitas, un "spectaculaire nuage ondulé qui a enflammé l’imagination du public". La dernière mise à jour datait de 1987.

Actuellement, il existe dix grands genres de nuages, qui sont définis par l’endroit où ils se forment dans le ciel et leur apparence. Ces dix genres sont subdivisés en espèces qui décrivent la forme et la structure interne, et en variétés qui sont entre autres liées à la transparence des nuages. Il existe enfin des caractéristiques (ou particularités) supplémentaires, qui ont trait plutôt à l’environnement d’un nuage, comme des "morceaux" en plus attachés à ce nuage. Le nom d’un nuage se compose donc de trois ou quatre qualificatifs. Mais de nouvelles combinaisons seront possibles grâce notamment aux cinq "nuages spéciaux"répertoriés par l’OMM, et dont la caractéristique peut s’ajouter aux subdivisions déjà existantes et citées ci-dessus.

Première : les activités humaines

Ces cinq "genitus" ont été qualifiés en fonction du facteur, souvent localisé, qui a causé la formation du nuage : un feu de forêt (flammagenitus), des chutes d’eau (cataractagenitus), l’évaporation de la forêt (silvagenitus) ou encore… l’Homme. C’est la première fois que ce facteur de l’activité humaine est évoqué formellement par une classification précise dans l’Atlas des nuages, via le nuage "homogenitus".

"Cela a été rajouté de façon plus générale, parce qu’on le remarque davantage que par le passé : des nuages liés à de la pollution, à des centrales, aux avions, sont beaucoup plus présents actuellement que par le passé, nous explique Isabelle Rüedi, de l’Unité des instruments et des méthodes d’observation à l’OMM. Quand la classification précédente avait été mise en place, on ne se posait pas trop de questions de ce point de vue-là. Mais maintenant, dans le contexte des changements climatiques, des changements de mode de vie, on y fait beaucoup plus attention qu’avant."

Rôle sur le climat, mais positif ou négatif ?

Un nuage de pollution peut donc être à présent officiellement qualifié d’homogenitus. Mais pour l’OMM, cette nouvelle classification liée aux activités humaines n’est pas un message d’alerte lancé au monde. "Ce n’est pas lancer un signal, c’est caractériser ce qu’on voit pour qu’on puisse en tenir compte dans les prévisions météo, dans l’étude du climat, dans les prévisions des ressources en eau. C’est pour qu’on sache le mieux possible d’où ça vient et qu’ils soient décrits correctement, poursuit Isabelle Rüedi. Mais c’est clair qu’ils jouent un rôle dans le bilan énergétique de l’atmosphère terrestre et qu’ils peuvent avoir un effet sur les changements climatiques ou pas. Les nuages s

ont importants pour le climat."

En matière de climat, il reste beaucoup d’inconnues. Et quantifier exactement l’effet (positif ou négatif ?) des nuages sur le changement climatique est difficile, indique Pascal Mailier, météorologue à l’Institut royal météorologique de Belgique (IRM). "Il y a une trentaine d’années, le ciel n’était pas aussi chargé de ces nuages telles les traînées de condensation des avions. Des études ont été menées pour voir s’il y a un effet sur le bilan radiatif, c’est-à-dire entre autres pour voir si cela influençait le réchauffement climatique. Et il y aurait effectivement un impact. Au niveau balance énergétique, il est clair que si on augmente les nuages comme ces traînées, on va refléter davantage le rayonnement solaire vers l’espace, au lieu de le laisser pénétrer plus loin et d’atteindre la surface du sol. Donc cela diminuerait l’impact du réchauffement du soleil. Mais d’un autre côté, les nuages participent à l’effet de serre."

En outre, les impuretés (pollution) émises dans l’atmosphère favorisent la formation de nuages, car les "gouttelettes de nuages" se forment autour des "noyaux de condensation", de toutes petites poussières. "Pollution, condensation… Les activités humaines ne peuvent qu’avoir un effet sur la formation de nuages, ajoute Pascal Mailier. Mais les effets des nuages ne sont pas évidents à quantifier, à apprécier, car ils peuvent êtres contradictoires ! Cela fait l’objet d’une recherche intensive."

Flammagenitus (Nuage spécial)

Les nuages qui se développent suite à la convection engendrée par la chaleur de feux de forêt ou d'activité volcanique sont qualifiés de flammagenitus. Autre nuage spécial, le silvagenitus, résultat d'une hausse d'humidité due à l'évaporation et l'évapotranspiration de la canopée d'une forêt.

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Homogenitus et homomutatus (Nuages spéciaux)

Homogenitus concerne tous les nuages résultant de l'activité humaine : pollution, traînées de condensation d'un avion ou ceux autour des tours de refroidissement d'une centrale... Ils peuvent se transformer en homomutatus (aussi une nouvelle catégorie) s'ils s'étendent sous l'effet des vents, par exemple. 

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Asperitas (Particularité supplémentaire)

Cette formation nuageuse semblable à la surface inversée d'une mer a été intégrée suite à la demande d'une association d'amoureux des nuages, la Cloud Appreciation Society. L'asperitas apparaît surtout après un orage. On en voit rarement chez nous mais en juin 2014, ces formations nuageuses ont surpris la population ( revoir notre galerie photos)

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Volutus (Espèce)

La seule nouvelle espèce est le volutus ("roulé" en latin). Il se forme au sein des "genres" altocumulus et stratocumulus. Sa masse nuageuse en forme de long tube horizontal se trouve généralement à "l'étage inférieur", c'est-à-dire à une altitude maximale de 2000 mètres.

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En pratique

Un atlas en photo sur le web

Indispensable. Selon Petteri Taalas, secrétaire général de l’OMM, "l’identification des nuages, leur description et l’attribution d’un nom demeurent d’importance capitale pour l’étude du temps et du climat . Il est fondamental de les comprendre pour prévoir les conditions météorologiques, modéliser les effets du changement climatique et évaluer les ressources en eau."

Sur le web. Pour la première fois, l’Atlas des nuages sera publié sur Internet (www.wmocloudatlas.org). Il sera peut-être imprimé plus tard. Il est constitué de photos de nuages envoyées du monde entier. Si auparavant, ce n’était que les professionnels (marins…) qui alimentaient la base de données, à présent M. Tout-le-Monde s’y met. S’y rajoutent aussi par exemple les images satellitaires.

Plus complet. Il intègre des nouvelles catégories de nuages. Les critères ? "Lorsqu’on voit qu’on a de la peine à classifier un nuage dans les classes existantes, dit-on à l’OMM. C ela se base sur plusieurs observations, avec des descriptions correspondantes."