Grégoire Polet s'éveille

C'est comme un long travelling. En un peu plus de 200 pages, ce sont de trente à quarante personnages qui se présentent à nous un vendredi d'automne à Madrid. Ces personnes vont se croiser, parfois par hasard, s'adresser la parole ou s'ignorer superbement. Le tout dans un fourmillement incroyable.

Jean-Philippe de Vogelaere

C'est comme un long travelling. En un peu plus de 200 pages, ce sont de trente à quarante personnages qui se présentent à nous un vendredi d'automne à Madrid. Ces personnes vont se croiser, parfois par hasard, s'adresser la parole ou s'ignorer superbement. Le tout dans un fourmillement incroyable.

Cela donne «Madrid ne dort pas», publié chez Gallimard, le premier roman de Grégoire Polet, qui vient de recevoir le prix Jean Muno 2005 (du nom d'un auteur belge qui a vécu une grande partie de sa vie aux confins de La Hulpe), décerné, ce mercredi soir, au château de La Hulpe, par le Centre culturel du Brabant wallon, avec l'aide de la Communauté française et de la Jeune Province. Un auteur qui aujourd'hui, comme la chanson le laissait autrefois entendre, s'éveille déjà à un deuxième roman, prévu pour le printemps.

«C'est une belle reconnaissance, nous explique l'auteur. Quand on écrit dans son coin, on fait un pari de construire un roman d'une certaine façon, ici comme si je pouvais voir des fourmis d'en haut. Ce prix, décerné par des personnes qui sont représentatives du métier, m'indique que j'avais été dans la bonne voie. C'est encourageant.»

Grégoire Polet a vécu une vingtaine d'années à Cortil-Noirmont. Il y a fréquenté l'école locale, avant d'aller faire ses études en Flandre et de passer au lycée Martin V de Louvain-la-Neuve: «J'ai très vite commencé à écrire mais cela s'est en quelque sorte institutionnalisé en moi vers l'âge de quinze ans. Mais ce livre est ma première contribution publique.» Vu sa vocation, il n'est pas étonnant que notre auteur se soit lancé, à l'UCL, dans un doctorat en sciences romanes, qui l'a amené jusqu'à Madrid pour étudier la littérature espagnole contemporaine. Là justement où, pendant deux ans, il s'est mis à écrire ce roman qui vient d'être primé. Depuis, il est revenu vivre à Bruxelles mais fréquente régulièrement Louvain-la-Neuve puisqu'il y est chargé de cours en romanes, sur la culture de civilisation espagnole.

Et si son premier roman se présente comme un film, Grégoire Polet avoue être plutôt mélomane: «A Madrid, je fréquentais beaucoup l'opéra. Un spectacle somptueux qu'il est possible de s'offrir pour la modique somme de cinq euros.» Pour le reste, dans sa passion de l'écriture, il essaye de «représenter le monde dans lequel je vis, mais tel que je le vois. Ecrire est alors ma façon de l'assumer de manière solidaire».

© La Libre Belgique 2005